Origine et histoire de la Tour de l'Horloge
La Tour de l'Horloge d'Auxerre, érigée au XVe siècle, s’élève sur les vestiges d’une ancienne tour romaine dite tour Gaillarde (IIIe–IVe siècles), intégrée aux premiers remparts de la ville. À l’origine, cette tour ronde protégeait la porte de Paris, un accès stratégique sur la route menant à la capitale. Au Moyen Âge, elle servit de prison jusqu’en 1602, date à laquelle les geôles furent transférées au palais de justice.
La construction de la tour actuelle débuta après 1457, lorsque le comte Jean de Bourgogne autorisa les Auxerrois à y installer un beffroi et une horloge, malgré les difficultés financières liées aux guerres (Cent Ans, guerre de Bourgogne) et aux épidémies de peste (1466–1469). Les travaux, retardés par ces crises, ne commencèrent qu’en 1483 sous Charles VIII. La tour fut alors surélevée d’une flèche gothique en charpente, abritant un mécanisme horloger innovant : deux cadrans indiquant à la fois les heures solaires, lunaires et les phases de la lune, une rareté pour l’époque.
Le mécanisme, installé dans une chambre attitrée, comportait deux aiguilles par cadran : l’une solaire (24 heures), l’autre lunaire avec un globe bicolore tournant sur lui-même pour simuler les phases lunaires. Les cadrans originels, ornés d’arabesques et de verres colorés, furent remplacés au fil des siècles en raison de dégradations (1670, 1814). La tour subit aussi des dommages majeurs, comme l’incendie de 1825 qui détruisit sa flèche, remplacée par une structure pyramidale en bois jugée peu esthétique.
Classée monument historique en 1862, la tour fut restaurée à plusieurs reprises, notamment en 2018 (mécanisme horloger) et 2020–2021 (cloches refondues en Autriche). Son cadran solaire, ajouté en 1747, porte l’inscription « Me lumen. Vos umbra » (« Je suis la lumière, vous êtes l’ombre »), tandis que des devises latines du XVIIe siècle, aujourd’hui effacées, ornaient autrefois ses faces. La tour reste un symbole du patrimoine auxerrois, située dans le secteur piétonnier du centre-ville.
Son histoire reflète les bouleversements locaux : guerres de Religion (les huguenots y cachèrent une profession de foi en 1567), réparations répétées (XVIIe–XVIIIe siècles), et adaptations techniques. Les inscriptions en hébreu sur certains murs évoquent aussi la présence d’une communauté juive médiévale. Aujourd’hui, son éclairage nocturne et ses cadrans restaurés en font un lieu emblématique de la Bourgogne-Franche-Comté.