Origine et histoire de la Tour des Valois
La tour des Valois, située à Sainte-Colombe sur la rive droite du Rhône en face de Vienne, fut construite en 1336 sur ordre de Philippe VI de Valois. Ce roi aspirait à contrôler Vienne et s’empara du faubourg de Sainte-Colombe en 1334, l’intégrant au domaine royal par lettres patentes. La tour, haute de 30 mètres et dotée de créneaux et meurtrières, servait à la fois de défense pour Sainte-Colombe et de menace envers Vienne, ville convoitée. Une maison attitrée au viguier (juge-gouverneur nommé par le roi) y était accolée, reliée par une porte aujourd’hui murée.
L’édification de la tour s’inscrit dans un conflit opposant Philippe VI à l’archevêque Bertrand de La Chapelle, accusé de céder trop facilement aux exigences royales. Le chapitre de Vienne résista farouchement, provoquant une crise nécessitant l’intervention du pape Jean XXII en 1334. Malgré une bulle pontificale ordonnant un arbitrage, le roi ignora la procédure et fortifia Sainte-Colombe, érigeant cette tour carrée à l’entrée du pont sur le Rhône, symbole de son autorité.
La tour, seul vestige des remparts de Sainte-Colombe, fut classée monument historique en 1919. Au fil des siècles, elle perdit sa fonction militaire : transformée en fabrique de pâtes, entrepôt ou magasin de charbon, elle appartint à la famille Garon jusqu’en 2008, date à laquelle la commune en devint propriétaire. Aujourd’hui non ouverte au public, elle conserve ses échauguettes d’angle et ses traces de machicoulis, témoignages de son passé médiéval.
Les viguiers, gouverneurs royaux logeant dans la maison attitrée, marquèrent l’histoire locale. Parmi eux, Jean de La Garde (premier viguier en 1343), Aynard de Villeneuve (1417–1460), ou Armand de Foyssins (anobli en 1599). Leur rôle était à la fois judiciaire et militaire, incarnant l’autorité française dans cette zone frontalière avec le Dauphiné.
Architecturalement, la tour se distingue par son plan quasi carré, ses deux escaliers intérieurs (aujourd’hui disparus), et sa terrasse supérieure équipée d’échauguettes. Les murs épais et les meurtrières rappellent son usage défensif, tandis que les créneaux évoquent les adaptations ultérieures. Les sources historiques, comme les écrits de Nicolas Chorier (1828), soulignent son importance stratégique dans les rivalités entre la couronne de France et les seigneurs locaux.