Origine et histoire de la Tour du Boutge
La Tour du Boutge est une tour fortifiée édifiée au XVe siècle à Albi, dans le Tarn. Construite en briques, matériau typique de l’architecture toulousaine et albigeoise, elle appartenait initialement à un hôtel particulier, reflétant le prestige des familles nobles locales. Son style sobre et ses éléments défensifs, comme l’encorbellement supérieur, suggèrent une vocation à la fois résidentielle et protectrice.
À l’époque de sa construction, Albi était une ville prospère, marquée par l’influence des évêques et des familles aristocratiques. La tour s’inscrit dans un contexte de renforcement des défenses urbaines, alors que la région sortait des troubles de la guerre de Cent Ans. Les briques, moins coûteuses que la pierre, permettaient une construction rapide et solide, tout en affichant un certain luxe.
La tour fut profondément remaniée en 1670, comme en témoignent les deux portes jumelées gravées de cette date. Ces modifications correspondent à une période de paix relative sous Louis XIV, où les édifices perdirent partiellement leur caractère défensif pour gagner en confort. La tourelle ronde ajoutée à l’angle nord-est et les fenêtres à colonnettes illustrent cette évolution vers un style plus résidentiel.
Au fil des siècles, la tour changea plusieurs fois de propriétaires, passant entre les mains de familles influentes comme les Brandouin, les Clari ou les de Ciron. Au XVIIIe siècle, elle appartint aux de Gorsse, une lignée noble locale, avant d’être vendue à des particuliers au XXe siècle. Ces changements reflètent les mutations sociales et économiques de l’Occitanie.
En 1971, la tour fut inscrite aux monuments historiques, reconnaissant sa valeur patrimoniale. Les restaurations menées au XXe siècle, comme la transformation de la toiture en terrasse, visèrent à préserver son intégrité tout en l’adaptant à des usages modernes. Aujourd’hui, elle reste un témoignage rare de l’architecture civile albigeoise, mêlant héritage médiéval et influences classiques.
La place Henri-de-Grosse, où elle se dresse, rappelle par son nom un ancien maire d’Albi, soulignant le lien entre patrimoine et mémoire locale. La tour, bien que privée, contribue à l’attractivité historique de la ville, aux côtés de la cathédrale Sainte-Cécile et du palais de la Berbie. Son état de conservation en fait un exemple remarquable des tours urbaines occitanes.