Origine et histoire de la Tour génoise
La tour génoise de la Giraglia est une construction militaire édifiée sur un îlot schisteux situé à 1,34 km au nord-est du Cap Corse, près du village de Barcaggio (commune d’Ersa). Ce haut rocher de 9,6 hectares, culminant à 66 mètres, occupait une position stratégique en Méditerranée, contrôlant les routes maritimes entre la mer Ligure et le golfe de Gênes. L’île, autrefois centre de pêche au corail, abrite aujourd’hui un écosystème protégé par Natura 2000, incluant une flore et une faune rares (oiseaux, reptiles, amphibiens).
La décision de construire la tour est prise en 1582 par le seigneur cap-corsin Don Cristofaro Tagliacarne et le gouverneur génois Stefano Passano, avec l’accord des habitants. Les travaux, dirigés par l’architecte Domenico Pelo, débutent en 1583 mais rencontrent des difficultés logistiques liées à l’isolement de l’îlot. Malgré des retards dans l’acheminement des matériaux depuis Bastia, la tour est presque achevée en décembre 1584. Coût total : 9 311 lires, remboursées à Tagliacarne en 1585. La tour, carrée et dotée de trois niveaux plus une terrasse crénelée, était gardée par un chef, trois soldats (dont un bombardier) et un ravitailleur.
La tour s’inscrit dans le réseau défensif génois de la fin du XVIe siècle, conçu pour protéger la Corse des incursions barbaresques et des flottes ennemies. Au XVIIIe siècle, Napoléon Ier y ajoute une batterie côtière pour contrer les attaques britanniques sur les liaisons maritimes Corse-Provence. En 1839, un phare est construit sur l’île, automatisé depuis. La tour, propriété du Conservatoire du Littoral, est classée Monument Historique depuis 2008. Son architecture typique (pile centrale, guardiola) en fait un témoignage rare des fortifications génoises en Corse.
L’île de la Giraglia recèle aussi des vestiges religieux (chapelle San Pasquale, oratoire Santa Maria) et une épave romaine découverte en 1988, fouillée entre 1994 et 1999. Aujourd’hui, l’îlot est un site Natura 2000, interdit d’accès pour préserver sa biodiversité, tout en restant un repère maritime emblématique, marqué par la Giraglia-Rolex Cup, régate internationale créée en 1953.