Origine et histoire de la Tour génoise
La tour génoise de Nonza, aussi appelée Torra paolina, fut construite au XVe ou XVIe siècle sur les vestiges d’un château médiéval des seigneurs Avogari, détruit en 1489 par les Génois. Elle domine la mer depuis le sommet du Monte, une falaise schisteuse de 167 mètres, et reprend le modèle architectural des tours génoises : trois étages, une guardiola (poste de guet), et une terrasse crénelée avec échauguettes. Son rôle était de surveiller le golfe de Saint-Florent et de protéger le village des raids barbaresques, fréquents après la chute de Constantinople en 1453.
En 1760, Pascal Paoli, figure majeure de l’indépendance corse, ordonna sa reconstruction pour en faire un poste stratégique lors de la révolte contre Gênes. La tour fut le théâtre d’un épisode légendaire en 1764, lorsque le soldat Jacques Casella, blessé et isolé, simula une résistance acharnée en actionnant plusieurs armes à distance, trompant ainsi les troupes françaises du capitaine de Grandmaison. Ce stratagème lui valut une reddition avec les honneurs militaires, illustrant l’importance symbolique du site.
La tour est entourée de vestiges de murs formant un bastion rudimentaire, et sa structure présente une voûte en arc de cloître. Elle fut inscrite aux Monuments historiques le 5 juillet 1926, reconnaissant son rôle dans l’histoire militaire et politique de la Corse. Son emplacement, sur l’ancienne piève de Nonza, en faisait aussi un point de contrôle des échanges maritimes entre le Cap Corse et les Agriates, région où les Nonzais cultivaient une partie de leurs céréales.
Au-delà de son usage défensif, la tour incarne les tensions entre Gênes, les seigneurs locaux (comme les Avogari-Gentile) et les communautés corses. Sa position surplombant une plage de galets noirs, formée par les rejets d’une ancienne carrière d’amiante, rappelle aussi l’adaptation des Corses à un environnement hostile, entre falaises abruptes et raids marins. Aujourd’hui, elle reste un symbole de la résistance insulaire, attirant les visiteurs pour son panorama et son histoire mouvementée.
Les matériaux utilisés, comme le schiste gris-vert, s’intègrent parfaitement au paysage minéral de Nonza, village perché où les maisons sombres épousent les contours de la falaise. La tour paoline, bien que moins connue que d’autres édifices génois de Corse, illustre l’ingéniosité défensive de l’époque et le mélange des influences ligures et corses dans l’architecture militaire.