Origine et histoire de la Tour Grise
La tour Grise est le dernier vestige du château de Verneuil-sur-Avre, édifié vers 1120 par Henri Ier Beauclerc, duc de Normandie et roi d'Angleterre, pour renforcer les frontières sud du duché. La forteresse, immédiatement entourée de remparts et de fossés, devint une place forte stratégique, souvent disputée entre rois de France et d'Angleterre. Ses murs de 4 mètres d’épaisseur et sa hauteur de 35 mètres en firent un symbole de résistance, décrit comme « moult forte et imprenable » par les chroniqueurs médiévaux.
Au XIIe siècle, Verneuil fut le théâtre de conflits répétés : en 1135, la ville soutint Étienne de Blois contre Geoffroy Plantagenêt, puis subit les assauts de Louis VII en 1152 et 1153. Henri II Plantagenêt y renforça les défenses en 1169, mais Louis VII prit et incendia la ville en 1173 avant d’être repoussé. En 1194, Richard Cœur de Lion y entra triomphalement après avoir levé le siège de Philippe Auguste, qui s’empara définitivement de Verneuil en 1204 lors de la conquête de la Normandie.
Philippe Auguste fit construire la tour Grise après 1204 pour surveiller la ville, marquant son rattachement au domaine royal. Le donjon, en poudingue ferrugineux, était protégé par des fossés et une enceinte, avec deux portes orientées vers la ville et les remparts. Au XIXe siècle, son sommet fut modifié, mais sa structure massive, initialement voûtée, témoigne encore de son rôle de dernier refuge pour les défenseurs. La tour fut classée monument historique en 2016, préservant son emprise et ses fossés.
Au XIVe et XVe siècles, Verneuil changea plusieurs fois de mains : pillée en 1356 par Henri de Grosmont, elle fut reprise par les Français en 1424 avant d’être perdue face à Bedford. En 1449, Pierre de Brézé la reconquit par ruse pour Charles VII, mettant fin à l’occupation anglaise après un siège où les défenseurs se réfugièrent dans la tour Grise. La forteresse joua aussi un rôle pendant les guerres de Religion, passant entre ligueurs et royaux jusqu’à la soumission de Pierre Rouxel de Médavy en 1594.
Aujourd’hui, la tour Grise se dresse isolée, entourée des vestiges des remparts et fossés partiellement conservés. Le fossé, alimenté par l’Iton, et quelques tours de flanquement comme la tour Saint-André, rappellent l’étendue des anciennes fortifications. La porte de Tillières a disparu, mais une entrée secondaire, près du couvent des bénédictines, subsiste. Le site, propriété de la commune, illustre l’architecture militaire médiévale et les luttes franco-anglaises pour la Normandie.