Origine et histoire de la Tour Montjoie
La tour Montjoie, située à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines, est un vestige médiéval du 4e quart du XIe siècle, représentant la première génération des châteaux en pierre en Île-de-France. Construite en calcaire lutétien local, elle combine une architecture défensive (fossé sec à l’est, absence de baies côté nord) et résidentielle (trois niveaux, cheminées intra-murales). Son état de conservation reste remarquable, malgré la disparition de la toiture et des planchers intérieurs. Les faces ouest et sud, restaurées en 1979-1980, ont retrouvé leurs baies géminées d’origine, surmontées d’arcs plein-cintre à tympans tripartites, caractéristiques de l’art roman primitif.
L’accès originel, probablement situé au premier étage (angle sud-est), reflète une conception défensive : les occupants circulaient à couvert en cas d’attaque. Le rez-de-chaussée, dépourvu d’ouvertures larges, abritait un puits et servait de réserve. Le premier étage, doté de trois fenêtres géminées et de deux cheminées, était l’espace noble, réservé au seigneur, tandis que l’étage supérieur, plus sobre, pouvait loger sa suite. La minceur des murs (1,65 m) et l’absence de contreforts, compensées par la qualité de l’appareil, soulignent l’audace technique de l’époque.
Attestée sous le nom Mons Jovis (Mont de Jupiter), la tour pourrait avoir remplacé une fortification en bois. Sa construction est parfois attribuée à Mathieu Ier de Beaumont, comte local, après un conflit avec Bouchard IV de Montmorency vers 1100. Classée Monument Historique en 1997, elle illustre la transition entre les motte castrales et les donjons de pierre, marquant l’affirmation du pouvoir seigneurial en Île-de-France. Les traces d’échafaudages et d’étayages du XIXe siècle, conservées lors des restaurations, témoignent des méthodes médiévales de construction.
Aujourd’hui propriété communale, la tour Montjoie se dresse rue de la Tour, bien que son environnement immédiat (fossé est, face nord) n’ait pas bénéficié de restaurations. Son plan simple et ses aménagements intérieurs (cloisons disparues mais suggérées par les cheminées) en font un modèle d’étude pour l’architecture castrale francilienne. Les comparaisons régionales situent sa construction à la charnière des XIe et XIIe siècles, période de renforcement des structures féodales dans le bassin parisien.