Origine et histoire de la Tour Montparnasse
La tour Montparnasse est née d’un projet de réaménagement du quartier autour de l’ancienne gare Montparnasse, jugée obsolète dès 1934. Après des décennies de débats et d’oppositions, la Société d’économie mixte pour l’Aménagement du secteur Maine-Montparnasse (SEMMAM) est créée en 1956 pour transformer ce secteur insalubre. Les études débutent en 1958, mais la hauteur prévue suscite une polémique, ralentissant le projet malgré le soutien d’André Malraux, alors ministre de la Culture. La reconstruction de la gare Montparnasse au sud et la destruction de la gare du Maine, intégrées au projet immobilier, permettent finalement d’obtenir le permis de construire en 1968.
La construction de la tour, confiée aux architectes Jean Saubot, Eugène Beaudouin, Urbain Cassan et Louis de Hoÿm de Marien, s’étale de 1969 à 1973. Ses fondations, composées de 56 piliers en béton armé descendant à 70 mètres, sont un défi technique en raison du sol instable et de la présence d’une ligne de métro en dessous. Inaugurée en 1973, elle devient le plus haut gratte-ciel de France (209 mètres) et un symbole des politiques de tertiarisation de Paris, marquant le déclin industriel au profit des bureaux. Son architecture austère et sa hauteur disproportionnée par rapport au paysage parisien déclenchent cependant une vague de critiques, poussant la municipalité à limiter les constructions à sept étages en 1975.
Dès sa construction, la tour Montparnasse est critiquée pour son impact visuel, au point d’alimenter des débats récurrents sur sa destruction, soutenue par des figures politiques comme Bertrand Delanoë ou Nathalie Kosciusko-Morizet. En 2005, la découverte d’amiante dans plusieurs étages relance les controverses, avec des dépassements de seuils détectés jusqu’en 2014, malgré des travaux de désamiantage coûteux (250 millions d’euros). En 2016, un concours international est lancé pour moderniser la tour, avec un projet lauréat prévoyant une façade bioclimatique, des espaces végétalisés et une serre de 18 mètres, portant sa hauteur à 220 mètres. Les travaux, initialement prévus pour 2023, sont reportés à 2026.
La tour a aussi été le théâtre d’événements marquants, comme des incidents techniques (chute de vitres en 2004 et 2010, coupure de courant en 2010) ou des actions symboliques, telle son extinction en 2017 en hommage aux victimes de l’attentat de Manchester. Elle a servi de décor à des fictions (films, séries, romans) et de cible pour des grimpeurs urbains comme Alain Robert, qui l’a escaladée à quatre reprises entre 1995 et 2015. Malgré les polémiques, elle reste un lieu emblématique, accueillant des bureaux, un observatoire panoramique au 56e étage, et des événements culturels comme le salon Paris se livre.
Sur le plan architectural, la tour se distingue par sa base en forme d’amande et ses 59 étages, totalisant 100 000 m2 de bureaux et 30 000 m2 de commerces. Ses 7 200 fenêtres et sa façade sombre, souvent critiquée, doivent être transformées dans le cadre du projet de rénovation. La terrasse, initialement conçue comme une station d’héliportage, est aujourd’hui une plateforme sécurisée offrant une vue à 360° sur Paris, bien que son accès soit restreint après plusieurs suicides. La tour, classée 25e plus haute d’Europe en 2016, incarne à la fois l’audace moderne des Trente Glorieuses et les tensions entre patrimoine historique et urbanisme contemporain.