Origine et histoire de la Tour Saint-Jacques
La tour Saint-Jacques est l’ancien clocher de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, construite entre 1509 et 1523 sous les architectes Jean de Felin, Julien Ménart et Jean de Revier. Ce monument de 54 mètres, unique vestige de l’église détruite en 1793, illustre un style hybride entre le gothique flamboyant (arcs brisés, décor surchargé) et les innovations Louis XII (plein cintre, arcs en accolade). La tour échappa à la démolition révolutionnaire grâce à une clause de vente, puis fut rachetée par la Ville de Paris en 1836 après avoir servi de fonderie de plomb.
Classée monument historique dès 1862, la tour fut entièrement restaurée entre 1854 et 1858 par Théodore Ballu, suite au percement de la rue de Rivoli. Les travaux, dirigés par Victor Baltard, consolidèrent ses fondations et reconstituèrent plus de vingt statues, dont celle de saint Jacques (remplacée en 1858 par Jean-Louis Chenillon). Au XIXe siècle, elle abritera un observatoire météorologique (1891–1999) et un laboratoire scientifique dirigé par Joseph Jaubert, étudiant climatologie et pollution parisienne.
Symbole des pèlerins de Compostelle depuis 1965 grâce à une plaque offerte par l’Espagne, la tour est aussi liée à des figures comme Blaise Pascal (expériences sur la pesanteur, bien que cette attribution soit incertaine) et Nicolas Flamel (légende alchimique). Ses sculptures, mélange d’originaux du XVIe siècle et de restaurations des XIXe–XXe siècles, représentent les quatre Évangélistes et dix-huit saints. Après une restauration majeure (2006–2013, 8,3 M€), elle est aujourd’hui accessible au public, offrant une vue panoramique sur Paris.
Dans la culture, la tour inspire Alexandre Dumas (Vingt ans après, 1845) et le chansonnier Édouard Hachin (La Tour Saint-Jacques, XIXe siècle). Son square, créé en 1856, fut un lieu d’embauche ouvrière et de rassemblement populaire. Architecturalement, elle préfigure l’église Saint-Eustache, autre édifice parisien mêlant gothique et Renaissance.
Protégée par la Ville de Paris, la tour incarne à la fois un patrimoine religieux (relique de saint Jacques, pèlerinage médiéval), scientifique (observatoire, expériences) et urbain (repère historique du Paris haussmannien). Son classement à l’UNESCO en 1998, au titre des chemins de Compostelle, souligne son rayonnement symbolique, bien que son lien direct avec le pèlerinage reste davantage légendaire qu’historique.