Frise chronologique
1360
Traité de Brétigny
Traité de Brétigny
1360 (≈ 1360)
La Rochelle cédée à l’Angleterre.
1345 ou 1374-1394
Construction initiale
Construction initiale
1345 ou 1374-1394 (≈ 1370)
Début des travaux, interrompue par les Anglais.
1372
Reprise des travaux
Reprise des travaux
1372 (≈ 1372)
Après la victoire française.
1376
Achèvement de la tour
Achèvement de la tour
1376 (≈ 1376)
Correction partielle de l’inclinaison.
1384
Première garnison
Première garnison
1384 (≈ 1384)
Installation du capitaine et soldats.
1651
Siège pendant la Fronde
Siège pendant la Fronde
1651 (≈ 1651)
Destruction partielle par les royalistes.
17 février 1879
Classement monument historique
Classement monument historique
17 février 1879 (≈ 1879)
Protection officielle de l’État.
1884-1888
Restauration par Juste Lisch
Restauration par Juste Lisch
1884-1888 (≈ 1886)
Rétablissement des créneaux et mâchicoulis.
1901-1904
Restauration intérieure par Ballu
Restauration intérieure par Ballu
1901-1904 (≈ 1903)
Travaux sur les salles et escaliers.
1952-1956
Consolidation des fondations
Consolidation des fondations
1952-1956 (≈ 1954)
Stabilisation de la structure.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Tour Saint-Nicolas : classement par arrêté du 17 février 1879
Personnages clés
| Charles V - Roi de France |
Soutint la reprise des travaux. |
| Bertrand du Guesclin - Connétable de France |
Libéra La Rochelle des Anglais. |
| Comte du Daugnon (ou Doignon) - Gouverneur royal de l’Aunis |
Renforça la tour pendant la Fronde. |
| Henri de Lorraine, comte d’Harcourt - Commandant des troupes royales |
Assiégea la tour en 1651. |
| Juste Lisch - Architecte |
Restaura la tour (1884-1888). |
| Albert Ballu - Architecte |
Restaura l’intérieur (1901-1904). |
Origine et histoire
La tour Saint-Nicolas, construite entre 1345 et 1394 à La Rochelle, est l’une des trois tours marquant l’entrée du Vieux-Port. Son édification, débutée sur un terrain marécageux, fut interrompue par l’occupation anglaise (1360-1372) après le traité de Brétigny. Les fondations, instables en raison de la vase, causèrent une inclinaison de plus de 20 cm vers l’est, corrigée partiellement lors de sa finalisation en 1376. Elle abritait le capitaine, sa famille et des soldats, et servait de point d’ancrage à une chaîne bloquant l’accès au port, actionnée depuis la tour de la Chaîne, construite ultérieurement sur l’autre rive.
Pendant la Fronde (1651), le comte du Daugnon, gouverneur royal, renforça la tour pour en faire un réduit défensif contre les troupes de Louis XIV. Après un siège, les royalistes bombardèrent l’édifice, détruisant son toit en poivrière et une partie des étages supérieurs. La tour, utilisée comme prison pendant les guerres de Religion (huguenots, 1682-1686) et la Révolution (Chouans), fut restaurée au XIXe siècle par Juste Lisch (1884-1888), qui lui rendit ses créneaux et mâchicoulis, puis par Albert Ballu (1901-1904) pour son intérieur. Classée monument historique en 1879, elle est aujourd’hui ouverte au public et accueille des événements culturels.
Architecturalement, la tour Saint-Nicolas se distingue par son plan circulaire de 37 mètres de haut et son diamètre variant de 18 à 23 mètres. Elle repose sur un radier de pieux de chêne et pierres, avec une inclinaison visible de 2 %. Ses murs, épais de 3 à 6 mètres, abritent des salles voûtées d’ogives, des escaliers complexes et des systèmes défensifs (archères, mâchicoulis, bretèche). La rampe d’accès actuelle, construite en 1695, remplace l’entrée originelle au rez-de-chaussée. La tour, initialement isolée par des marécages, fut intégrée au tissu urbain après la construction du bastion du Gabut.
La tour joua un rôle clé dans la défense maritime de La Rochelle, en tandem avec les tours de la Chaîne et de la Lanterne. Elle symbolise aussi les conflits locaux, comme la Fronde ou les guerres de Religion, où elle servit de prison. Son histoire reflète les enjeux stratégiques du port, entre commerce, pouvoir royal et résistances locales. Aujourd’hui gérée par le Centre des monuments nationaux, elle attire plus de 120 000 visiteurs annuels et accueille des événements comme des compétitions de plongeon depuis ses 26 mètres de haut.
Les restaurations successives (XVIIe–XXe siècles) ont préservé ses caractéristiques médiévales, malgré la perte de son dernier étage et de son toit lors des combats de 1651. Les fouilles et travaux (notamment en 1952-1956) ont consolidé ses fondations, tandis que des éléments comme les gargouilles, les oculi (utilisés comme monte-charge ou assommoirs) et une chapelle gothique témoignent de son usage multifonctionnel. La légende attribue sa construction à la fée Mélusine, bien que les archives confirment son origine militaire sous Charles V.
Classée parmi les monuments les plus visités de Nouvelle-Aquitaine, la tour Saint-Nicolas incarne à la fois un patrimoine architectural remarquable et un symbole des luttes historiques de La Rochelle. Son inclinaison, ses salles voûtées et son rôle dans la défense portuaire en font un témoignage unique du génie militaire médiéval et des transformations urbaines de la ville.