Origine et histoire des Tours
Les Tours de Chignin, situées dans le département de la Savoie sur la commune de Chignin, forment les vestiges d’un ancien camp retranché médiéval. Ce site archéologique, inscrit aux monuments historiques depuis 1991, s’étend sur 4 hectares et se compose de sept tours-résidences datées du XIIe siècle, d’un village fortifié (le « Villard ») et d’une église castrale. Quatre tours étaient carrées, deux circulaires, et une a aujourd’hui disparu. Les tours étaient reliées par des courtines flanquées de tours rondes, complétées par trois ouvrages avancés : les tours de l’Héroda, de La Platière et de La Fontaine.
Vers 1100, un château et sa chapelle sont mentionnés à Chignin, détenus par une famille locale qui s’éteint au XIIIe siècle. La seigneurie est alors divisée entre plusieurs héritiers, chacun érigeant une tour. Entre 1233 et 1253, Amédée V de Savoie, en conflit avec le Dauphiné, ordonne la construction d’une enceinte pour clore le site. Les tours deviennent des résidences seigneuriales, comme celle de la Place, de Bourdeau ou de Montagny, souvent transmises par héritage ou mariage. Le site est occupé à plusieurs reprises lors de conflits franco-savoyards, notamment en 1690, 1703 et 1792.
Au XVIIIe siècle, certaines tours tombent en ruine ou sont transformées, comme la tour Corraz, qualifiée de « masure » en 1738, ou la Poype, remplacée par une maison moderne. La tour de Montagny, ronde et la plus élevée, subsiste partiellement, tout comme celle de Bourdeau, arasée mais conservant des vestiges de cheminée et de meurtrières. La tour de Verdun, quadrangulaire, montre des traces de cheminée et des murs en pierre de taille. La Biguerne, ou Clos Saint-Anthelme, liée à la famille de Saint-Anthelme, devient au XXe siècle une maison de repos avant d’être partiellement rachetée par la commune en 2005.
Des campagnes archéologiques menées en 1983 et 1985 par Bernard Demotz ont confirmé la cohérence de l’ensemble fortifié, datant possiblement du haut Moyen Âge selon l’historien Jean Mesqui. Le site illustre l’évolution des structures défensives et seigneuriales en Savoie, entre conflits militaires, transmissions familiales et adaptations architecturales. Aujourd’hui, les Tours de Chignin restent un témoignage majeur du patrimoine médiéval savoyard, mêlant histoire féodale et vestiges archéologiques.