Origine et histoire des Tours de Merle
Les Tours de Merle forment un castrum médiéval, ensemble de maisons fortes et tours érigées entre les XIIe et XVIe siècles sur un éperon rocheux dominant la Maronne, à Saint-Geniez-ô-Merle (Corrèze, Nouvelle-Aquitaine). Ce site stratégique, à la frontière des duchés d’Aquitaine, du comté d’Auvergne et de Toulouse, abritait sept familles seigneuriales (Merle, Carbonnières, Pesteils, etc.) cohabitant dans une organisation féodale complexe. Naturellement protégé par sa topographie, il servait de refuge et de lieu de péage, avec un village de paysans, artisans et nobles.
La première mention du site date de 1219, bien qu’une famille éponyme soit attestée dès la fin du XIe siècle. Au XIVe siècle, Merle compte sept maisons fortes, deux chapelles (dont une dédiée à saint Léger), et un village de 30 chaumières peuplé d’une centaine d’habitants. Le castrum décline avec l’avènement de l’artillerie, vulnérable aux bombardements depuis les hauteurs voisines. En 1371, pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais assiègent et occupent brièvement une tour et un château avant de les restituer. Une période de prospérité suit en 1475, mais les guerres de Religion (1574–1576) ravagent le site lorsque les protestants y installent une garnison.
À partir du XVIIe siècle, les coseigneurs délaissent Merle pour des résidences plus accessibles, entraînant la dispersion de la population villageoise. Le site, classé Monument Historique en 1927, conserve des vestiges des tours (Noailles, Pesteils), des maisons seigneuriales (Merle, Carbonnières), et des chapelles. Son organisation unique, où sept lignages partageaient pouvoir et défense, en fait un témoignage rare de la féodalité collective. Les ruines actuelles couvrent 10 hectares et incluent des éléments datés avant le XVe siècle, comme les piles d’un pont-levis ou la tour de la garde.
Les familles seigneuriales ont marqué l’histoire du site. Les Merle, probablement fondateurs, se divisent en plusieurs branches et s’allient par mariages aux Pesteils, Veyrac, ou Carbonnières (famille dominante). Les Pesteils, originaires du Cantal, s’implantent au XIIIe siècle via le mariage d’Aymeric de Pesteil avec Hélis de Merle. Ces dynasties reçurent des hommages féodaux, comme ceux des Veilhan, et participèrent à la gouvernance du castrum jusqu’à son abandon progressif.
Le site inspire aussi la littérature : il sert de cadre au roman Guinotte et le chevalier (Louis-Olivier Vitté, XIIe siècle) et au tome 3 de Louis le Galoup (Jean-Luc Marcastel), une série fantasy réinterprétant son histoire médiévale. Aujourd’hui propriété communale, les Tours de Merle offrent un parcours dans une cité médiévale authentique, classée pour son architecture militaire et son rôle dans l’histoire féodale limousine.