Origine et histoire des Tours des Carbonnières
Les tours des Carbonnières, situées à Goulles en Corrèze, sont un ensemble de deux maisons fortes érigées entre les XIIe et XVe siècles, formant un castrum médiéval. Elles se dressent sur un promontoire rocheux de 120 mètres de long, perché à 399 mètres d’altitude, au fond d’une vallée étroite entre les rivières Bedaine et Maronne. Ce site stratégique, aujourd’hui entouré de forêt, marquait autrefois la limite entre la Corrèze et le Cantal, dans la région historique de la Xaintrie noire, au sud de la Maronne.
Les premières traces d’occupation remontent au XIe siècle, avec des bâtiments en bois sur une motte féodale. La tour sud, dite la Bistor (la penchée), fut construite au XIIIe siècle, tandis que la tour nord, plus résidentielle, date des XIVe–XVe siècles. Elles furent édifiées par les familles de Carbonnières et de Montal, co-seigneurs du lieu. Les Carbonnières, famille influente de la Xaintrie, occupaient le site dès le XIIe siècle, tandis que les Montal s’y installèrent vers 1200 via l’alliance matrimoniale de Durand de Montal avec Dia de Carbonnières. En 1276, le testament de Durand de Montal mentionne des dons aux pauvres du village, attestant d’une communauté organisée en contrebas.
Au XIIIe siècle, les Carbonnières délaissèrent progressivement leur castrum ancestral pour celui de Merle, situé à 3 km au nord-ouest, plus confortable et propice au peuplement. Les deux tours furent vendues à des vassaux, Bertrand de Sermus et Guy de Surclam, avant d’être abandonnées au XVe siècle. Pendant les Guerres de Religion (XVIe siècle), la tour sud subit des dégâts canon, perdant son angle sud-est. Le village castral en contrebas, qui comptait encore une quinzaine de constructions en 1834, fut définitivement déserté en 1936, ne laissant que des ruines.
Architecturalement, les tours présentent une structure massive en pierre de taille, avec une salle basse et trois étages desservis par un escalier à vis. La tour sud, défensive, manque de confort (pas de cheminées ni de fenêtres larges), tandis que la tour nord, résidentielle, possède des coussièges, des latrines et des cheminées. Le village, étendu sur deux hectares, abritait des maisons, une chapelle dédiée à Sainte Catherine, une maladrerie et une étude notariale. La dernière maison, datée de 1624, porte l’inscription « 1624 à Bourbouze » sur son linteau.
Les ruines des tours des Carbonnières, classées Monument historique en 1970, sont aujourd’hui propriété de la commune de Goulles. Le site, ouvert gratuitement toute l’année, est relié aux tours de Merle par un sentier de randonnée médiéval, le chemin Merlin, parcourant un trajet escarpé de deux heures. Le blason de Goulles, représentant trois bandes d’azur et huit charbons, reprend les armoiries de la famille de Carbonnières, originaire du lieu.