Origine et histoire du Trophée des Alpes
Le trophée d'Auguste, aussi appelé trophée des Alpes, est un monument romain commémoratif érigé entre 7 et 6 av. J.-C. à La Turbie, dans les Alpes-Maritimes. Situé au point culminant de la via Julia Augusta, il célèbre la victoire définitive de l’empereur Auguste sur 44 tribus alpines qui contrôlaient les cols et entravaient les échanges commerciaux et militaires entre l’Italie et la Narbonnaise. Ce trophée marque symboliquement la pacification de la région et la création d’une voie sûre, la via Julia Augusta, prolongeant la via Aurelia.
L’inscription latine gravée sur sa façade ouest, transcrite par Pline l’Ancien, énonce les noms des peuples vaincus (Celtes, Ligures, Vénètes, etc.) et souligne le rôle du Sénat et du peuple romain dans cette commémoration. Le monument, haut de 49 m à l’origine (35 m après restauration), était composé d’une base de 38 m, d’une rotonde à 24 colonnes, et d’une statue d’Auguste. Il servait de frontière entre l’Italie et la Narbonnaise, avant que cette limite ne soit repoussée au fleuve Var.
Entre le XIIe et XVe siècles, le trophée fut transformé en forteresse, avec des habitations adossées à ses murs. En 1705, Louis XIV ordonna sa destruction partielle pour affaiblir les défenses régionales lors de la guerre contre la Savoie. Les pierres furent réutilisées, notamment pour construire l’église Saint-Michel de La Turbie. Classé monument historique en 1865, il fut restauré dans les années 1930 grâce au mécénat d’Edward Tuck, sous la direction de l’architecte Jules Formigé. Aujourd’hui, il constitue le principal attrait touristique de La Turbie.
Les matériaux du trophée proviennent d’une carrière romaine située à 500 m du site, où subsistent des traces de taille des colonnes. Le monument s’inscrit dans un réseau de vestiges romains locaux, incluant des bornes milliaires de la via Julia Augusta et des fontaines romaines aux alentours (Beausoleil, Roquebrune-Cap-Martin). Son bimillénaire, célébré en 1994, donna lieu à des expositions et un spectacle lumière.
Le peuple local des Vediantes, alliés de Rome, bénéficia en 10 av. J.-C. de la création de la Civitas des Alpes Maritimae, dont la capitale Cemenelum (actuel Cimiez, à Nice) devint un centre administratif. Le trophée, dépourvu de fonction militaire initiale, illustre la stratégie romaine de contrôle des voies alpines et de romanisation des territoires conquis. Ses ruines, protégées depuis 1865, témoignent de l’ingénierie et de la propagande impériale sous Auguste.