Frise chronologique
Néolithique final
Ensevelissement sous un cairn circulaire
Ensevelissement sous un cairn circulaire
Néolithique final (≈ 2770 av. J.-C.)
Création d’un « massif d’interdiction ».
4200 av. J.-C.
Construction des dolmens sud et central
Construction des dolmens sud et central
4200 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Premières structures mégalithiques du cairn primaire.
3600 av. J.-C.
Construction du dolmen nord
Construction du dolmen nord
3600 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Ajout tardif au cairn primaire.
21 avril 1955
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
21 avril 1955 (≈ 1955)
Protection officielle du site par l’État.
1959
Première datation carbone 14 en Europe
Première datation carbone 14 en Europe
1959 (≈ 1959)
Révélation de l’antiquité exceptionnelle du dolmen central.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Tumulus à dolmen : classement par arrêté du 21 avril 1955
Personnages clés
| Pierre-Roland Giot - Archéologue |
Dirigea les fouilles et restaurations (1954–1972). |
Origine et histoire
Le cairn de l'île Carn, situé sur la commune de Ploudalmézeau dans le Finistère, est un ensemble mégalithique remarquable du Néolithique. Il se compose d’un cairn primaire trapézoïdal, construit vers 4200 av. J.-C., contenant trois dolmens alignés à couloir et voûte en encorbellement. Ce cairn a été recouvert au Néolithique final par un « massif d’interdiction » circulaire, dépourvu d’entrée, constituant un exemple unique de transformation architecturale.
Les fouilles menées entre 1954 et 1972 par Pierre-Roland Giot ont révélé que le dolmen central, daté par carbone 14 en 1959, est 1 600 ans plus ancien que la plus vieille pyramide égyptienne, bouleversant les connaissances sur le mégalithisme européen. Les dolmens sud et central, construits vers 4200 av. J.-C., précèdent de plusieurs siècles celui du nord (vers 3600 av. J.-C.), dont la chambre divisée en deux sous-espaces témoigne d’une évolution architecturale.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont partiellement détruit le cairn pour y installer une casemate, endommageant notamment le dolmen sud. Classé Monument Historique en 1955, le site a fait l’objet de restaurations entre 1967 et 1972, incluant la reconstitution des voûtes et la consolidation des parements. Aujourd’hui, le cairn secondaire, de forme circulaire, domine l’île Carn, accessible à marée basse par une chaussée de rochers.
Le mobilier découvert (perles de schiste, poteries, outils en silex) suggère une utilisation funéraire et rituelle sur plus d’un millénaire. Le dolmen nord, plus récent, livre un mobilier distinct, datant d’environ 3000 av. J.-C., indiquant une réappropriation tardive du site. L’alignement des dolmens vers le soleil levant du solstice d’hiver et leur architecture sophistiquée soulignent leur rôle symbolique et astronomique.
L’île Carn, îlot côtier de la mer Celtique, était à l’origine un site continental surplombant la mer de 20 mètres lors du Néolithique moyen, avant la montée des eaux. Le cairn primaire, initialement visible et imposant, a été délibérément enseveli sous le cairn circulaire, peut-être pour marquer une rupture culturelle ou religieuse. Ce « massif d’interdiction » reste un mystère archéologique, sans équivalent connu en Europe.
Propriété du département du Finistère, le cairn de l’île Carn illustre l’ingéniosité des bâtisseurs néolithiques et leur maîtrise des techniques de construction en pierres sèches. Les travaux de Giot ont permis de sauver ce patrimoine unique, tout en posant des questions persistantes sur les pratiques funéraires et les croyances des sociétés préhistoriques bretonnes.