Origine et histoire de l'Usine à chaux
L’usine à chaux de Saint-Pierre, située à Angrie en Maine-et-Loire, fut édifiée en 1866 par la Société Martin, Belouin, Denou et Goujon. Le projet initial prévoyait quatre fours, mais seuls deux furent construits, intégrés dans une maçonnerie polygonale de 14 mètres de haut. Chaque four, d’une capacité de 60 m3, fonctionnait en cuisson continue à courte flamme, alternant couches de pierre calcaire et de charbon. Le chargement s’effectuait via un élévateur à vapeur, tandis que la chaux était extraite par des ébraisoirs voûtés à la base. Un compteur en bois, encore visible, permettait de mesurer les défournements, avec une production journalière pouvant atteindre 37 tonnes.
En 1871, l’usine fut rachetée par François Dumont, qui reconstruit l’un des fours et ajoute une étable à chevaux. À partir de 1889, elle passa sous le contrôle de la Société des fours à chaux de la Veurrière, qui gérait aussi les sites de la Veurrière et de la Fresnaie. L’activité cessa en 1924, reprit brièvement en 1957, puis s’arrêta définitivement en 1978. La chaux produite était destinée à l’agriculture et à l’industrie, notamment pour l’apurement des métaux aux Forges d’Hennebon. Le site, inscrit aux Monuments Historiques en 2006, conserve aussi les vestiges d’une poudrière, d’un logement de contremaître, et d’une carrière aujourd’hui noyée.
L’architecture industrielle du site reflète les techniques de production de chaux du XIXe siècle, avec un massif en maçonnerie englobant les fours, une niche dédiée à une statuette de Saint-Pierre (patron des carriers), et des bâtiments annexes (bureaux, entrepôts). La desserte par élévateur à vapeur et l’organisation spatiale des parcelles (fours, carrière, logements) illustrent une logique fonctionnelle optimisée pour une production intensive. Le four à chaux d’Angrie constitue ainsi un exemple rare et préservé de patrimoine industriel lié à l’exploitation des ressources locales, dans un contexte rural marqué par l’essor de l’agriculture et de la métallurgie régionale.