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Usine de la Suze à Maisons-Alfort dans le Val-de-Marne

Patrimoine classé
Patrimoine industriel
Usine
Val-de-Marne

Usine de la Suze à Maisons-Alfort

    11-25 Avenue du Général-Leclerc
    94700 Maisons-Alfort
Propriété d'une société privée
Usine de la Suze à Maisons-Alfort
Usine de la Suze à Maisons-Alfort
Usine de la Suze à Maisons-Alfort
Usine de la Suze à Maisons-Alfort
Crédit photo : Rene1596 - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

XIXe siècle
Époque contemporaine
1900
2000
1875
Fondation de la distillerie
1889
Naissance de la marque Suze
1933–1935
Modernisation de la façade
1974
Fermeture définitive
4 août 1993
Classement partiel
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Mur aveugle de la façade ; façades et toitures de la grande tour sur l'avenue du Général-Leclerc (cad. D 8) : inscription par arrêté du 4 août 1993

Personnages clés

Fernand Moureaux - Fondateur et directeur Créateur de la Suze, mécène local.
Paul Fenard - Architecte Concepteur de la façade Art déco.
Henri Porte - Associé et designer Créa la bouteille iconique en 1896.
Enguerrand de Vergie - Administrateur Relança la marque dans les années 1920.

Origine et histoire

L’usine de la Suze, fondée en 1875 à Maisons-Alfort par Fernand Moureaux, était une distillerie spécialisée dans la production d’un apéritif à base de gentiane. Initialement installée quai d’Alfort, elle s’étendait sur une vaste parcelle entre l’avenue du Général-Leclerc (ex-rue de Créteil) et les bords de Marne. En 1934, Fernand Moureaux confia à l’architecte Paul Fenard la modernisation de sa façade pour l’harmoniser avec l’église Sainte-Agnès et l’École vétérinaire voisines, adoptant un style Art déco caractéristique des années 1930. La façade, ornée d’une frise représentant les villes où la Suze possédait des entrepôts (Pontarlier, Bordeaux, Lyon, etc.), devint un symbole de l’identité industrielle de la marque.

La distillerie connut son apogée entre les années 1920 et 1950, employant jusqu’à 200 personnes et diversifiant sa production avec des vins comme le « Vabé ». Après la Seconde Guerre mondiale, des difficultés financières (liées à la mévente et à un mécénat risqué pour le Stade français) conduisirent au rachat par Pernod en 1965. L’usine ferma définitivement en 1974, laissant place à une friche industrielle avant d’être partiellement préservée lors de la requalification du quartier dans les années 1990. Seuls subsistent aujourd’hui le mur aveugle de la façade et la tour, inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1993.

Fernand Moureaux (1863–1956), figure centrale de l’histoire de la Suze, fut à la fois un industriel visionnaire et un mécène local. Il finança jusqu’à 80 % de la construction de l’église Sainte-Agnès (1933), dont le clocher s’inspirerait de la bouteille iconique de la Suze, et fit bâtir un stade pour ses employés en 1935. Son engagement s’étendit à Trouville-sur-Mer, où il fut maire (1934–1951) et construisit une piscine olympique et une gare routière. Distingué comme Officier de la Légion d’Honneur en 1949, il incarna l’alliance entre patrimoine industriel, innovation sociale et philanthropie.

L’architecture de l’usine, marquée par l’usage du béton et des parpaings, reflétait les standards modernes des années 1930. La façade Art déco, conçue en dialogue avec les bâtiments publics environnants, intégrait des métopes sculptées célébrant les implantations de la marque. Après la désaffectation du site, la façade fut démontée puis réintégrée dans le projet de Zone d’Aménagement Concerté (Z.A.C.) des années 1990, sauvant ce témoignage de l’histoire industrielle du Val-de-Marne. Aujourd’hui, elle constitue un repère urbain près de la station de métro « École Vétérinaire ».

Le déclin de l’usine s’inscrit dans un contexte plus large de transformation économique. Le rachat par Pernod en 1965 marqua la fin de l’autonomie de la Suze, dont la production fut transférée à Créteil puis à Thuir (Pyrénées-Orientales). Les anciens locaux accueillirent brièvement les Cycles Lejeune (1974–1987), avant de devenir une friche symbolique des mutations industrielles du XXe siècle. La préservation partielle du site, malgré les pressions immobilières, illustre les enjeux de mémoire patrimoniale dans les banlieues parisiennes en pleine rénovation.

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