Origine et histoire de l'Usine des horlogeries
L’usine des horlogeries Dodane, située à Besançon, fut commandée en 1939 par Raymond Dodane, héritier d’une dynastie horlogère, à l’architecte Auguste Perret. Ce dernier conçut un bâtiment en béton armé (1939-1943) associant ateliers, bureaux et un appartement patronal, selon un plan en L. Le projet, supervisé par l’architecte local André Boucton, intégrait aussi un jardin privé avec piscine et court de tennis, reflétant une vision moderne de l’industrie horlogère.
L’édifice, inscrit aux monuments historiques en 1986, illustre l’innovation technique de Perret : structure poteaux-poutres apparente, panneaux préfabriqués en béton lavé, et isolation phonique/thermique pour les ateliers. Dodane y produisit des chronographes militaires (types E 21/E 23) et civils, notamment pour l’Aviation française et l’OTAN. Désaffectée en 1994 après la liquidation de l’entreprise, l’usine fut transformée en bureaux dans les années 2000, conservant son décor intérieur d’origine (marbre, boiseries, fresques).
La famille Dodane, implantée à Besançon depuis 1929, incarnait la tradition horlogère franc-comtoise. Raymond Dodane (1905-1984), président de la Fabrique d’Horlogerie de Besançon, modernisa la production avec des modèles techniques comme les chronographes « retour en vol » pour l’aéronautique. Son frère Claude contribua au décor (tapisserie Le Temps, 1945), tandis que ses fils Michel et Laurent dirigèrent l’entreprise jusqu’à sa fermeture en 1995, victime de la crise économique et de la perte de marchés militaires.
Architecturalement, l’usine Dodane se distingue par son homogénéité stylistique, mêlant fonctionnalisme industriel et élégance résidentielle. Perret y appliqua des principes avant-gardistes : toit-terrasse, façades rythmé par des travées régulières, et matériaux locaux (gravillons de l’Ognon). Le site, incluant les annexes (garages) et le parc paysager, reste un témoignage unique de l’âge d’or de l’horlogerie bisontine, aujourd’hui protégé et partiellement réhabilité.