Frise chronologique
1816
Fondation de l'entreprise Menier
Fondation de l'entreprise Menier
1816 (≈ 1816)
Création par Jean-Antoine-Brutus Menier à Paris.
1825
Installation à Noisiel
Installation à Noisiel
1825 (≈ 1825)
Achat du moulin hydraulique pour la production.
1856
Première tablette de chocolat
Première tablette de chocolat
1856 (≈ 1856)
Lancement des tablettes industrielles emballées.
1871
Construction du moulin Saulnier
Construction du moulin Saulnier
1871 (≈ 1871)
Premier bâtiment à structure métallique apparente.
1905
Construction de la 'cathédrale'
Construction de la 'cathédrale'
1905 (≈ 1905)
Bâtiment emblématique par Stephen Sauvestre.
1988
Rachat par Nestlé
Rachat par Nestlé
1988 (≈ 1988)
Fin de l’ère familiale Menier.
1992
Classement du moulin Saulnier
Classement du moulin Saulnier
1992 (≈ 1992)
Protection au titre des monuments historiques.
1996
Réhabilitation du site
Réhabilitation du site
1996 (≈ 1996)
Transformation en siège de Nestlé France.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Ancien pavillon pour le refroidissement du chocolat sur la rive gauche de la Marne ; pont en béton fretté reliant l'usine au bâtiment dit la Cathédrale ; bâtiment dit la Cathédrale sur l'île de la Marne (cad. A 728) : inscription par arrêté du 7 avril 1986 - Moulin hydropneumatique construit par l'architecte Jules Saulnier sur la Marne (cad. A 728) : classement par arrêté du 7 février 1992 ; Les parties suivantes de l’ancienne chocolaterie Menier situé 7-9 boulevard Pierre-Carle, sur les parcelles 6 et 252, figurant au cadastre section BA, tel que délimité par un liseré rouge sur le plan annexé à l'arrêté : les façades et toitures des bâtiments suivants : les remises et écuries ; l’atelier de mécanique et l’atelier des bois ; les magasins (à l’exception de la verrière) ; les ateliers de triage et de séchage du sucre (y compris la verrière) ; la galerie semi-souterraine de refroidissement ; l’atelier de pliage et emballage conçu par Saulnier (y compris la verrière) et l’adjonction de Logre en tête de pont ; le pavillon d’entrée du site et ses grilles ; le pavillon du gardien ; l’escalier monumental dans l’axe de l’entrée principale et son mur de soutènement. À l’intérieur de ces bâtiments, les parties suivantes sont inscrites : les façades intérieures des ateliers de mécanique et de bois, des magasins, des ateliers de triage et séchage et des ateliers de pliage, emballage et dressage ; les galeries et salles souterraines repérées sur le plan ; les escaliers repérés sur le plan ; le pont roulant dans l’atelier de mécanique ; les plaques à cabochons de verre au sol de l’atelier de triage et séchage : inscription par arrêté du 25 juin 2021
Personnages clés
| Jean-Antoine-Brutus Menier - Fondateur de l'entreprise |
Créateur de la droguerie en 1816. |
| Émile-Justin Menier - Dirigeant et industrialisateur |
Développe la production de chocolat à Noisiel. |
| Henri Menier - Héritier et maire de Noisiel |
Mécène et passionné de yachting et d’immobilier. |
| Jules Saulnier - Architecte du moulin |
Conçoit le moulin hydropneumatique (1871). |
| Stephen Sauvestre - Architecte de la 'cathédrale' |
Auteur du bâtiment emblématique (1905). |
| Armand Considère - Ingénieur du pont |
Conçoit le pont en béton fretté (1906). |
Origine et histoire
L’usine Menier de Noisiel trouve ses origines en 1816, lorsque Jean-Antoine-Brutus Menier fonde à Paris une droguerie spécialisée dans les poudres pharmaceutiques, utilisant le chocolat pour masquer l’amertume des médicaments. En 1825, il acquiert un moulin hydraulique à Noisiel (Seine-et-Marne) pour y installer une production industrielle, combinant chocolat pharmaceutique et, à partir des années 1830, chocolat de table abordable. L’entreprise se développe grâce à la mécanisation et à l’innovation, comme la première tablette industrielle emballée dans du papier jaune (1836), tandis que les effectifs passent de 50 ouvriers en 1856 à 2 200 en 1900, produisant 70 tonnes de chocolat par jour.
Le site s’industrialise massivement entre 1860 et 1908 sous l’impulsion d’Émile-Justin Menier puis de ses fils, avec des campagnes de construction dirigées par des architectes comme Jules Saulnier (moulin hydropneumatique, 1871) ou Stephen Sauvestre (la « cathédrale », 1905). Le moulin Saulnier, premier bâtiment au monde à structure métallique apparente et façade en briques émaillées, illustre l’influence des théories de Viollet-le-Duc. La cité ouvrière, construite entre 1874 et 1911, inclut maisons, réfectoires, écoles et une ferme, reflétant le paternalisme industriel des Menier, qui dominent la vie locale jusqu’aux années 1930.
L’apogée de l’usine coïncide avec des stratégies publicitaires audacieuses (affiche de la petite fille, 1893) et une expansion internationale, tandis qu’Henri Menier, maire de Noisiel, investit sa fortune dans des passions comme le yachting ou l’acquisition du château de Chenonceau (1913). Cependant, après la Première Guerre mondiale, l’entreprise peine à innover face à la concurrence américaine (barres chocolatées) et aux crises économiques. La production décline à partir de 1950, et après plusieurs rachats (Cacao Barry en 1959, Nestlé en 1988), l’activité cesse en 1994. Le site, restauré par les architectes Reichen et Robert (1995-1996), abrite aujourd’hui le siège de Nestlé France, tandis que certains éléments (moulin Saulnier, cathédrale) sont protégés au titre des monuments historiques.
La chocolaterie Menier a marqué l’histoire sociale et urbaine de Noisiel, où un tiers de la population active travaillait pour l’usine avant 1945. Les ouvriers, surnommés les chocolats, bénéficiaient d’un cadre paternaliste (logements, équipements collectifs) mais subissaient aussi les aléas économiques de l’entreprise. Le déclin s’accélère avec la mondialisation et la disparition de la dynastie Menier : le dernier dirigeant, Antoine Menier, meurt en 1967 sans héritier. Malgré la disparition progressive de la marque sur le marché international, le site reste un symbole de l’âge d’or industriel français, alliant patrimoine architectural, innovation technique et mémoire ouvrière.
Les architectures de l’usine, comme le pont en béton fretté (Armand Considère, 1906) ou les refroidisseurs attribués à tort à Gustave Eiffel, témoignent des avancées techniques de l’époque. La ferme du Buisson (1880-1888) et les ateliers de triage, torréfaction ou emballage complètent un ensemble industriel cohérent, partiellement préservé. Classé en 1992 pour le moulin Saulnier et inscrit pour d’autres éléments (2021), le site illustre aussi les défis de la reconversion patrimoniale : après sa réhabilitation, il incarne à la fois la disparition d’un savoir-faire local et la pérennité d’un lieu emblématique, entre mémoire et modernité.