Origine et histoire de l'Usine Motte-Bossut
L’usine Motte-Bossut, fondée en 1843 par Louis Motte-Bossut à Roubaix, fut initialement conçue comme une filature de coton sur le modèle anglais, équipée de métiers self-acting. Surnommée « la filature monstre » pour sa capacité de production inégalée dans la région, elle fut partiellement détruite par un incendie en 1845, puis reconstruite et agrandie en 1846 pour accueillir 44 000 broches. Un second incendie en 1866 rasa entièrement le bâtiment d’origine, forçant le transfert de la production vers « l’annexe », construite à l’épreuve du feu en 1862 sur l’autre rive du canal de Roubaix. Ce site, agrandi en 1864 et rehaussé en 1866, devint le noyau de l’usine actuelle, marquée par une architecture néo-gothique en brique (créneaux, pignons à redents) et une structure interne innovante (voûtains de brique, poutres en fer, piliers de fonte).
En 1877, la société Motte-Bossut investit dans une filature de laine érigée en face de la première, reliée par une passerelle remplacée en 1891 par un bâtiment unifiant l’ensemble. Deux tours crénelées, construites en 1889 (ouest) et 1891 (est), encadrèrent l’entrée monumentale de l’usine, symbole de sa puissance industrielle. Fleuron du patrimoine textile du Nord, l’usine fut inscrite aux Monuments Historiques en 1978, avant de fermer en 1982 sous l’effet de la crise du secteur. Rachat par la ville de Roubaix en 1987, le site fut réhabilité entre 1989 et 1993 par l’architecte Alain Sarfati pour accueillir le Centre des Archives nationales du monde du travail, tandis que d’autres bâtiments abritent aujourd’hui le Téléport et le Centre international de la communication.
L’architecture de l’usine mêle fonctionnalité industrielle et esthétique néo-gothique, avec des éléments défensifs (créneaux, tours) rappelant les châteaux médiévaux. La charpente métallique, composée d’arbalétriers et d’entraits en acier riveté, soutient cinq étages carrés et un attique. La cheminée crénelée (37 m) et la tour d’escalier demi hors-œuvre, toutes deux décorées de modénatures gothiques, soulignent cette hybridation stylistique. Le bâtiment central, reliant les deux filatures, présente un avant-corps à pignon à redents et une niche abritant une statue, tandis que la façade sur la rue des Tuileries est couronnée d’une balustrade en brique. Ces choix reflètent l’influence des méthodes anglaises, tant dans les procédés techniques (machines self-acting) que dans la stratégie de production, tout en affirmant une identité locale forte.
Après sa fermeture, l’usine fut transformée en un lieu dédié à la mémoire du travail, conservant sa structure d’origine tout en s’adaptant à de nouvelles fonctions culturelles. Les archives qu’elle abrite aujourd’hui documentent l’histoire sociale et économique de la région, tandis que sa réhabilitation exemplaire (prix de l’architecture en 1993) en fait un modèle de reconversion du patrimoine industriel. Le site, situé sur l’ancien tracé du canal de Roubaix (devenu boulevard Leclerc), témoigne aussi de l’urbanisation liée à la révolution industrielle, où les usines structuraient les quartiers ouvriers et les réseaux de transport fluvial.