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Usine Saint-Frères de Flixecourt à Flixecourt dans la Somme

Patrimoine classé
Patrimoine industriel
Usine

Usine Saint-Frères de Flixecourt

    1 Rue de ville le Marclet
    80420 Ville-le-Marclet
Propriété de la commune ; propriété d'une société privée
Crédit photo : Ybroc - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1800
1900
2000
1810
Débuts de la famille Saint
1845
Premiers sacs en jute
1857
Fondation de l’usine
1894-1895
Construction de la bâcherie
1924
Transformation en SA
1969
Rachat par Agache-Willot
1998
Classement Monument Historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Bâtiments de l'usine portant les numéros 1, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 du plan de situation (cad. Flixecourt AD 285, 286 ; AE 73, 135 ; Ville-le-Marclet AL 206, 208) : inscription par arrêté du 23 décembre 1998

Personnages clés

Pierre-François Saint (aîné) - Fondateur Organisa la production à Beauval.
Jean-Baptiste Saint - Associé commercial Géra les ventes à Rouen.
Charles Saint (1826-1881) - Capitaine d’industrie Dirigea l’expansion de l’entreprise.
Pierre Saint (1868-1943) - Dirigeant Belle Époque Menait l’entreprise jusqu’en 1943.
James Drummond Carmichaël - Concurrent écossais Dirigeait la filature d’Ailly-sur-Somme.

Origine et histoire

L’usine Saint-Frères de Flixecourt, implantée en 1857 dans la vallée de la Nièvre, fut le cœur de l’industrie textile française du jute. La famille Saint, originaire de Beauval, y développa une production pionnière de toiles et sacs en jute, stimulée par l’essor agricole et les transports maritimes. L’entreprise devint leader national grâce à des innovations techniques et une politique paternaliste (logements ouvriers, écoles, coopératives).

Le site s’étendait sur 9 hectares, structuré en trois ensembles de bâtiments en brique : ateliers de tissage, bâcherie, et magasins. La topographie escarpée imposa des solutions originales comme un tunnel et une passerelle couverte pour relier les unités. L’usine, modernisée jusqu’au début du XXe siècle, symbolisait la puissance industrielle picarde, avec 9 000 ouvriers dans la Somme à son apogée.

La crise des années 1930 marqua un déclin irréversible, accéléré par l’obsolescence du jute face aux fibres synthétiques. Rachat en 1969 par Agache-Willot, l’entreprise disparut en 1981, mais son nom persiste via des sociétés spécialisées dans les textiles techniques. Aujourd’hui, une partie des bâtiments, classés Monument Historique en 1998, témoigne de ce patrimoine industriel.

L’architecture du site reflète son évolution : conciergerie et premiers ateliers (1857), grands sheds de tissage (Second Empire), et bâcherie monumentale (1894-1895) aux façades ornées des initiales SF. Les magasins, avec leur frise publicitaire énumérant les productions (sacs, bâches, cordages), incarnent l’âge d’or de l’entreprise, alors fournisseur de l’État, des chemins de fer et des mines.

Le paternalisme des Saint Frères, inspiré du catholicisme social, inclut la construction de l’église Saint-Nicolas de Beauval, des logements, et des œuvres sociales logées au Château Rouge de Flixecourt. Ce système, critiqué pour ses relents féodaux (métayage, coopératives captives), s’effondra avec les licenciements massifs des années 1930, révélant la fragilité d’un modèle basé sur la dépendance ouvrière.

La diversification (velours de jute, corderie, treillage) et l’innovation (métier à tisser circulaire) ne suffirent pas à contrer la concurrence étrangère et les mutations technologiques. La fermeture définitive en 2000 clôt un chapitre majeur de l’histoire industrielle française, tandis que les vestiges de Flixecourt rappellent l’ambition d’une dynastie textile.

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