Crédit photo : Nicolas Nova from Geneva, Switzerland - Sous licence Creative Commons
Frise chronologique
1924
Fondation de l'usine
Fondation de l'usine
1924 (≈ 1924)
Création par la famille Gillet, production de viscose.
1931
Pic démographique
Pic démographique
1931 (≈ 1931)
73 % d’étrangers parmi 3 000 salariés.
1935
Changement de nom
Changement de nom
1935 (≈ 1935)
De SASE à TASE après procès.
1958
Transition vers les synthétiques
Transition vers les synthétiques
1958 (≈ 1958)
Remplacement de la rayonne par polyamides.
1980
Fermeture définitive
Fermeture définitive
1980 (≈ 1980)
Fin de l’activité textile.
2011
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
2011 (≈ 2011)
Protection de la façade sud.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les parties suivantes (figurées sur le plan joint à l'arrêté) du bâtiment sud de l'usine : les façades ouest et sud ; le volume du bâtiment ; les grands bureaux en totalité, soit la partie est de l'aile, correspondant à la parcelle BR 317 (cad. BR 305, 308, 310, 311, 317) : inscription par arrêté du 25 mai 2011
Personnages clés
| Famille Gillet - Fondateurs et propriétaires |
Créateurs de l’usine en 1924. |
| Comte Hilaire de Chardonnet - Inventeur de la soie artificielle |
Inspiration pour la production de viscose. |
| Desseux et Alexandre - Architectes |
Concepteurs du site industriel. |
| Louis Chabert - Géographe |
Auteur d’une étude sur la fermeture. |
Origine et histoire
L’usine TASE, fondée en 1924 par la famille Gillet à Vaulx-en-Velin, était dédiée à la transformation de cellulose en viscose (soie artificielle). Implantée dans le quartier du Carré de soie, elle bénéficiait d’un emplacement stratégique : terrains agricoles bon marché, accès à l’eau, énergie hydroélectrique de la centrale de Cusset, et desserte ferroviaire. Son activité reposait sur une main-d’œuvre majoritairement étrangère (73 % en 1931), recrutée en Europe centrale et méditerranéenne pour pallier le manque de travailleurs locaux, réticents face aux conditions de travail difficiles.
L’usine s’inscrivait dans un complexe autarcique incluant logements, équipements sociaux (dispensaire, chapelle, stade) et un foyer pour jeunes ouvrières, le foyer-hôtel Jeanne d’Arc. Les cités ouvrières, organisées hiérarchiquement, logeaient jusqu’à 3 000 salariés. Les cadres bénéficiaient de villas avec jardins, tandis que les ouvriers occupaient des immeubles collectifs aux normes d’hygiène rudimentaires. L’impact démographique fut majeur : la population de Vaulx-en-Velin passa de 1 588 habitants en 1921 à 8 124 en 1931, avec une forte proportion d’étrangers.
Initialement nommée Société de Soie Artificielle du Sud-Est (SASE), l’usine devint Textile Artificiel du Sud-Est (TASE) en 1935 après un procès interdit l’usage du terme « soie » pour les textiles artificiels. Spécialisée dans la rayonne (1925-1975) puis les polyamides et polyesters (à partir de 1958), elle subit la concurrence internationale dans les années 1970. Malgré des efforts de modernisation, sa productivité inférieure à celle des géants européens (comme AKZO ou ICI) conduisit à sa fermeture en 1980. Le site, partiellement classé Monument Historique en 2011, a depuis été réhabilité en bureaux et logements.
L’architecture de l’usine, conçue par les architectes Desseux et Alexandre, mêlait functionalisme industriel (sheds, structure poteau-poutre) et touches Art Déco pour les bureaux. Après sa fermeture, la façade sud fut préservée malgré des projets initiaux de démolition, grâce à une mobilisation patrimoniale. Aujourd’hui, le site abrite des bureaux (Technip) et des logements, tandis que le château d’eau, symbole du passé textile, a été conservé. Le quartier du Carré de soie, dynamisé par le prolongement du métro lyonnais, perpétue la mémoire industrielle du lieu.
L’usine TASE reflète les mutations économiques et sociales du XXe siècle : immigration massive, conditions de travail difficiles, et déclin de l’industrie textile face à la mondialisation. Son histoire est documentée dans des ouvrages comme Et ils dansaient le dimanche (Paola Pigani, 2021) et des études géographiques (Louis Chabert, 1982). Le site, labellisé Patrimoine du XXe siècle, reste un témoignage majeur du patrimoine industriel rhônalpin.