Origine et histoire de la Collégiale Saint-Pierre
La collégiale Saint-Pierre de Lille, fondée au XIe siècle, fut un édifice religieux majeur de la ville pendant près de 750 ans. Sa construction débuta avant 1066, comme en témoigne une charte de dotation du comte Baudouin V de Flandre et de son épouse Adèle, qui financèrent généreusement sa fondation. Ce monument, initialement de style roman, devint un lieu central pour la dévotion mariale, abritant notamment la statue miraculeuse de Notre-Dame de la Treille. La collégiale fut aussi la nécropole des comtes de Flandre, dont Baudouin V, inhumé en son chœur en 1067.
Au XIIIe siècle, la collégiale fut transformée en style gothique, s’inspirant de la cathédrale de Soissons, et devint un foyer culturel et éducatif avec son école capitulaire. Elle fut endommagée lors du siège autrichien de 1792, puis détruite en 1794 après avoir été vendue comme bien national. Seule sa crypte romane, classée monument historique en 1971, subsiste aujourd’hui sous le Palais de Justice, construit à son emplacement au XIXe siècle. Les fouilles archéologiques des années 1960 et 1980 ont permis de redécouvrir des vestiges, dont le tombeau de Baudouin V.
La collégiale Saint-Pierre joua un rôle politique et symbolique, notamment lors de la conquête de Lille par Louis XIV en 1667, qui y prêta serment devant Notre-Dame de la Treille pour rassurer les Lillois. Son mobilier, dispersé après la Révolution, inclut des œuvres majeures comme des tableaux de Charles de la Fosse et des sculptures, aujourd’hui conservés au Palais des Beaux-Arts de Lille ou dans d’autres églises de la région. La dévotion à Notre-Dame des Sept Douleurs, née au XVe siècle sous l’impulsion de Philippe le Bon, perdura jusqu’à la destruction de l’édifice.
L’emplacement de la collégiale, au cœur du Vieux-Lille, fut réutilisé pour le Palais de Justice actuel, inauguré en 1970. Ce dernier intégra les vestiges de la crypte, accessibles au public depuis la rue du Palais de Justice. Les deux arches du cloître, dernier témoin du monastère des chanoines, sont encore visibles dans un jardin privé de la place du Concert, tandis que le cellier médiéval subsiste sous un hôtel particulier.
Parmi les éléments remarquables disparus figurent les tombeaux des comtes de Flandre, comme celui de Louis II de Male, décoré de 24 statuettes en cuivre, aujourd’hui conservé au Musée des Beaux-Arts de Dijon. La statue de Notre-Dame de la Treille, symbole de Lille, fut restaurée à plusieurs reprises, notamment par Philippe le Bon au XVe siècle et Louis XIV en 1667. La collégiale fut aussi un lieu de pouvoir, abritant le chapitre des chanoines et une maîtrise musicale réputée.
Les fouilles des années 1960, menées lors de la construction du Palais de Justice, révélèrent des éléments architecturaux comme les fondations romanes et des sépultures. Ces découvertes permirent le classement des vestiges en 1971. Aujourd’hui, la crypte, accessible par un escalier, offre un témoignage rare de l’architecture religieuse médiévale dans le nord de la France, tandis que des œuvres d’art issues de la collégiale sont exposées dans les musées lillois.