Origine et histoire de l'aqueduc romain
L'aqueduc de Luynes est un ancien pont-aqueduc gallo-romain situé dans le département d'Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire. Avec la pile de Cinq-Mars, il est considéré comme l’un des monuments romains les plus emblématiques du département, malgré ses dimensions modestes. Classé monument historique dès 1862, il est l’un des aqueducs antiques les mieux conservés du nord-ouest de la France. Bien que mentionné dans des publications depuis le XVIIe siècle, sa première étude complète date de 1966, suivie de travaux récents au début des années 2000 qui ont révélé de nouvelles interrogations sur sa chronologie et sa fonction.
L’aqueduc, initialement aérien, franchissait un vallon sur environ 500 mètres, dont 270 mètres de vestiges encore visibles aujourd’hui, composés de quarante-quatre piles dont neuf sont reliées par huit arches consécutives. Son tracé souterrain, long de plus d’un kilomètre, reste partiellement hypothétique, bien que des indices photographiques aériens et des découvertes archéologiques ponctuelles suggèrent son existence. La destination finale de l’eau transportée, ainsi que les sources exactes qui l’alimentaient, ne sont pas formellement identifiées, bien que la source de la Pie Noire soit considérée comme l’une des principales.
La construction de l’aqueduc semble s’être déroulée en plusieurs étapes, avec des campagnes de réfection et des modifications architecturales attestées par l’étude des piles, regroupées en quatre ensembles distincts. Un mur continu, découvert en 2002 et 2003, pourrait être le vestige d’un aqueduc antérieur, suggérant au moins deux états successifs pour ce monument. Les matériaux utilisés, comme les moellons calcaires et les terres cuites de dimensions inhabituelles, indiquent une fabrication locale. L’aqueduc aurait pu alimenter des bâtiments antiques situés sur le coteau de Luynes, tels que le balnéaire du Clos de Sainte-Roselle ou le prieuré de Saint-Venant, bien que ces hypothèses ne soient pas confirmées.
Les vestiges de l’aqueduc, propriété de la commune de Luynes, montrent des signes de dégradation malgré des restaurations récentes. Des piles se sont effondrées ou penchent, en raison de fondations peu profondes dans un sol argileux et humide. L’aqueduc a fait l’objet de nombreuses études depuis le XVIIe siècle, notamment par Félix Le Royer de La Sauvagère en 1770, Michel Laurencin en 1966, et plus récemment par Patrick Bordeaux, Jacques Seigne, et Jean-Philippe Chimier au début des années 2000. Ces recherches ont permis de mieux comprendre son architecture, son tracé, et son rôle dans l’alimentation en eau de la cité antique de Malliacum.
Malliacum, cité antique correspondant à l’actuelle Luynes, est mentionnée dès le VIe siècle par Grégoire de Tours. Le site archéologique révèle une concentration importante de vestiges antiques, suggérant la présence d’une agglomération secondaire ou d’un vaste complexe rural. Parmi ces vestiges, le prieuré de Saint-Venant et le balnéaire du Clos de Sainte-Roselle, daté des années 150–180, ont été étudiés de manière approfondie. L’aqueduc pourrait avoir alimenté ces bâtiments, bien que son tracé souterrain et sa destination finale restent incertains. Les toponymes locaux, comme les Arènes ou Villeronde, évoquent des hypothèses non confirmées sur d’éventuels édifices antiques circulaires.
La chronologie de l’aqueduc reste imprécise en 2015, bien que des hypothèses le situent entre le IIe et le IVe siècle. Il semble avoir fonctionné jusqu’au XIIIe siècle, avec des réparations attestées dès 919 sous le règne de Charles III le Simple. Les études récentes ont mis en évidence des différences architecturales entre les piles, suggérant plusieurs phases de construction ou de réfection. Malgré ces avancées, de nombreuses questions subsistent quant à sa datation absolue, sa fonction exacte, et les bâtiments qu’il desservait dans l’antique Malliacum.