Patrimoine classé
Parcelles contenant les vestiges de l'oppidum (cad. DM 21, 16 à 18 (anciennement C 3400, 3406 à 3408, 3411, 3412) ) : inscription par arrêté du 4 avril 1946 - Parcelles contenant les vestiges de l'oppidum (cad. DM 21, 16 à 18 (anciennement C 3398, 3401 à 3405, 3381, 3382, 3409, 3410, 3413, 3414, 3421, 3421bis, 3423) ) : inscription par arrêté du 3 juin 1947 ; Parcelles (cad. DM 19, 20) : classement par arrêté du 28 janvier 1980
Personnages clés
| Caius Sextius Calvinus - Général romain |
Conquérant d'Entremont en 123 av. J.-C. |
| Teutomalios (Toutomotulus) - Roi (basileus) salyen |
Fuit chez les Allobroges après 123 av. J.-C. |
| Fernand Benoit - Hypothèse de la 'ville haute' |
Proposa un quartier aristocratique dans l'Habitat 1. |
| Michel Clerc - Historien local |
Auteur d’*Aquæ Sextiæ* (1916), soulignant l'importance du site. |
| Christian Goudineau - Archéologue |
Étudia un contrepoids de pressoir (1984). |
Origine et histoire de l'Oppidum d'Entremont
L'oppidum d'Entremont, situé à 3 km d'Aix-en-Provence sur le plateau de Puyricard, fut la capitale politique et militaire de la confédération celto-ligure des Salyens entre 180 et 90 av. J.-C.. Fondé tardivement par rapport aux autres oppida régionaux, il connut une occupation brève mais intense, marquée par deux phases d'habitat (Habitat 1 vers 175 av. J.-C., Habitat 2 vers 150 av. J.-C.). La ville, protégée par des remparts imposants et organisée en îlots géométriques, abritait entre 2 000 et 5 000 habitants avant son abandon après la conquête romaine.
La chute d'Entremont intervint en 123 av. J.-C., lorsque le général romain Caius Sextius Calvinus prit la ville après une bataille décisive près d'Aquæ Sextiæ (future Aix-en-Provence). Le roi salyen Teutomalios fuit vers les Allobroges, et la population fut transférée dans la nouvelle cité romaine. Les fouilles ont révélé un sanctuaire primitif (âge du fer), des statues de héros accroupis tenant des trophées humains, et des pressoirs à huile témoignant d'une économie prospère. Les vestiges, dont les célèbres « têtes coupées » en pierre, sont aujourd'hui exposés au musée Granet.
Le site, redécouvert au XIXe siècle, fut fouillé systématiquement à partir de 1946 par Fernand Benoit, qui mit au jour les deux habitats superposés. Les remparts de l'Habitat 2 (6-7 m de haut, renforcés de tours) et les rues pavées révèlent une planification urbaine inspirée des modèles hellénistiques, tandis que les objets importés (céramiques grecques, amphores carthaginoises) attestent de liens commerciaux avec Marseille. Classé Monument Historique en 1980, Entremont reste un témoignage majeur de la civilisation celto-ligure avant la romanisation.
La topographie du plateau (367 m d'altitude, falaises au sud) en fit un site stratégique dominant la voie héracléenne, reliant les oppida salyens (Test de l'Ost, Baou-Roux) aux comptoirs massaliotes. Les fouilles récentes ont confirmé l'existence d'un dépotoir artisanal (îlot 29) et d'un système d'évacuation des eaux, tandis que l'analyse des sols (calcaire miocène, silex) explique le choix du lieu pour la taille statuaire. Le nom Entremont, attesté seulement au Moyen Âge, pourrait dériver du latin Intermontes ou d'un propriétaire médiéval nommé Tramonto.
Les Salyens, peuple guerrier et organisé en confédération économique, utilisaient Entremont comme base militaire et centre politique, associé à l'emporium d'Arles pour le commerce. Leur culture, mêlant traditions celtes (culte des crânes, symboles de réincarnation) et influences méditerranéennes (architecture, céramiques importées), s'éteignit avec la fondation d'Aquæ Sextiæ. Les découvertes épigraphiques, rares, incluent une coupe portant le nom Bal(omarios?) Mardius, soulignant les liens avec les Latins.
Les collections du musée Granet, incluant statuaire et bas-reliefs, illustrent l'art salyen : portraits de princes en costumes somptueux, armes et bijoux celtiques, mais aussi techniques inspirées de la sculpture grecque (chevelures bouclées, usage du trépan). Les monnaies trouvées sur place proviennent à 99 % de Marseille, confirmant son rôle d'intermédiaire commercial. Aujourd'hui, le site, propriété de l'État et classé, fait l'objet de travaux de préservation, comme la restauration des systèmes d'évacuation des eaux en 1999.