Frise chronologique
118 av. J.-C.
Construction de la Via Domitia
Construction de la Via Domitia
118 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Voie romaine reliant Italie et Hispanie.
IIIe siècle
Premiers éléments de la Cluse Haute
Premiers éléments de la Cluse Haute
IIIe siècle (≈ 350)
Début des fortifications romaines.
IVe–Ve siècles
Apogée des clausurae
Apogée des clausurae
IVe–Ve siècles (≈ 550)
Fortifications tardives et réemplois militaires.
673
Première mention écrite
Première mention écrite
673 (≈ 673)
*Castrum clausuras* dans un texte latin.
2010
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
2010 (≈ 2010)
Protection des vestiges et du sol.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les vestiges des fortifications romaines comprenant le fort de la Cluse-Haute sur la rive droite de la rivière Rome, le " château des maures " ou 'castell dels Moros " sur la rive gauche, la porte des Cluses sur la voie domitienne ainsi que le sol des parcelles concernées (cad. B 168, 169, 235, 628 : fort de la Cluse-Haute, lieudit Cluse Haute ; 185, 233 : château des Maures, lieudit Bois d'En Flours ; porte des Cluses en limite de la parcelle 233) : classement par arrêté du 18 mars 2010
Personnages clés
| Julien de Tolède - Auteur latin |
Première mention des Cluses en 673. |
| Charlemagne - Empereur carolingien (légende) |
Lié au site par une tradition médiévale. |
| Marsile - Roi maure (légende) |
Associé au château dans le Roman de Lagrasse. |
Origine et histoire
Les fortifications romaines des Cluses, situées dans les Pyrénées-Orientales sur la commune éponyme, forment un ensemble militaire exceptionnel en France. Implantées en surplomb de la Via Domitia, elles verrouillaient le passage étroit entre deux falaises, marquant la frontière entre l’ancienne Gaule et l’Hispanie. Ce site stratégique, composé de deux forts (la Cluse Haute et le château des Maures) et d’une porte de contrôle, exploitait le relief montagneux pour surveiller la voie romaine et le cours de la rivière Rome. Certains éléments remontent au IIIe siècle, tandis que d’autres, comme le château des Maures, dateraient du IVe siècle, avec des réutilisations jusqu’au XVIIIe siècle.
La Via Domitia, construite à partir de 118 av. J.-C., reliait l’Italie à la péninsule Ibérique via la Gaule narbonnaise. Les Cluses en constituaient un point de passage obligé, où la route se resserrait entre les falaises, facilitant la surveillance. La porte des Cluses, haute d’environ dix mètres, contrôlait le trafic avec une voie rétrécie à 2,20 mètres, suggérant un passage à sens unique. Des fouilles ont révélé des vestiges du Ve siècle, ainsi que des blocs de pierre réemployés depuis le trophée de Pompée (col de Panissars), attestant de remaniements successifs.
Le fort de la Cluse Haute, sur la rive droite, présente des terrasses du XVIIIe siècle et des contreforts visibles sur la courtine est. Le château des Maures, en trapèze (80 x 140 m), comptait trois tours carrées et une courtine occidentale bien conservée, avec un donjon au sud. Ces clausurae (forteresses tardives) illustrent les stratégies défensives de la fin de l’Empire romain en Occident, vers 400 ap. J.-C.. Le site, classé Monument Historique en 2010, mêle vestiges antiques, réutilisations médiévales et légendes locales, comme celle attribuant sa construction aux Maures.
La toponymie reflète cette histoire : mentionné dès 673 sous le nom Castrum clausuras (place fortifiée protégeant un passage étroit), le lieu évolue en clusas au IXe siècle, avant de devenir Les Cluses en catalan. Une légende médiévale, rapportée au XIIIe siècle, lie le site à Charlemagne et au roi maure Marsile, renforçant son aura mythique. Les fouilles ont aussi mis au jour des céramiques et des militaria (équipements militaires) datant de la fin du IVe et du début du Ve siècle.
L’architecture combine schiste et mortier de chaux, avec des réemplois de grès provenant du trophée de Pompée. La porte des Cluses, tour-porche plantée sur la voie, symbolisait la frontière politique et culturelle entre Gaule et Hispanie. Le site, propriété partagée entre la commune et des privés, reste un témoignage majeur des fortifications de montagne romaines, unique en son genre en France.