Didier Repellin - Architecte en chef des Monuments historiques
Supervise les restaurations des arches (2009–2010).
Origine et histoire
Les vestiges du réservoir d'aqueduc dit de l'Angélique marquent l'aboutissement de l'aqueduc du Gier, un des quatre aqueducs antiques desservant Lugdunum (Lyon). Avec ses 86 km, il est le plus long et le mieux conservé, captant les eaux du Gier, affluent du Rhône. Sa construction, longtemps attribuée à Claude ou Hadrien, est désormais datée du règne de Trajan (vers 110 ap. J.-C.) grâce à des analyses dendrochronologiques, bien qu’un achèvement sous Hadrien ne soit pas exclu.
L’aqueduc traverse les départements de la Loire et du Rhône, utilisant des techniques variées : ponts-aqueducs, siphons, tunnels et tranchées. Parmi ses ouvrages remarquables figurent le pont-siphon de Beaunant, le réservoir de Soucieu, et les arches du Plat de l’Air à Chaponost. Ces vestiges, classés monuments historiques à différentes époques (1875, 1912, 1930, 1986), illustrent l’ingénierie romaine, avec des parements en opus reticulatum et des conduits étanches en opus signinum.
La datation de l’aqueduc a fait débat : des tuyaux en plomb estampillés « CLAVD AVG » (Claude) et la « pierre de Chagnon » (1887), portant un édit d’Hadrien (117–138 ap. J.-C.), ont nourri des hypothèses contradictoires. La découverte en 2018 de coffrages en bois datés de 110 ap. J.-C. a confirmé une construction sous Trajan, tout en laissant planer un doute sur une finalisation sous Hadrien. L’inscription de Chagnon, similaire à celle de la « pierre du Rieu » (1996), interdit labour, semis ou plantation près de l’aqueduc, reprenant une loi augustéenne.
L’étude de l’aqueduc a débuté dès le XVIe siècle avec des érudits lyonnais comme Pierre Sala et Symphorien Champier. Au XVIIIe siècle, face à des pénuries d’eau, l’Académie de Lyon relance les recherches, notamment avec Guillaume-Marie Delorme (Recherches sur les Aqueducs de Lyon, 1760) et Paul de Gasparin, qui cartographie l’ouvrage en 1834. Germain de Montauzan, dans sa thèse de 1908, pose les bases de la recherche moderne, décrivant son tracé, ses techniques (siphons, regards) et son débit estimé à 15 000 m3/jour.
Parmi les vestiges les plus spectaculaires, le pont-canal de Jurieux et le siphon de l’Yzeron (classé en 1900) témoignent de l’audace technique romaine. Le siphon de Beaunant, avec son réservoir de chasse et son rampant en béton, franchissait une dépression de 3 km. Des sections comme les arches du Plat de l’Air (Chaponost) ou le mur de Granchamp (Soucieu-en-Jarrest) montrent un parement réticulé rare en France. Des restaurations récentes, comme celles des arches de Chaponost (2009–2010), ont permis de préserver ces structures.
L’aqueduc du Gier, classé au titre des monuments historiques sur plusieurs communes (Lyon, Sainte-Foy-lès-Lyon, Soucieu-en-Jarrest, etc.), a bénéficié en 2018 du Loto du Patrimoine. Son tracé, jalonné de regards, tunnels et ponts, reste partiellement visible, offrant un témoignage exceptionnel de l’ingénierie hydraulique romaine en Gaule.
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