Origine et histoire du Viaduc
Le viaduc de Morlaix est un ouvrage ferroviaire majeur situé en plein cœur de la ville bretonne, conçu pour franchir la rivière de Morlaix et desservir la gare locale via la ligne Paris-Montparnasse–Brest. Sa construction, débutée en 1861 malgré des controverses locales sur son impact urbain, s’achève en 1865 après seulement 23 mois de travaux. L’ingénieur Planchat et le maître d’œuvre Fénoux y emploient des techniques innovantes pour l’époque, combinant granit, moellons et pierre de taille dans une structure monumentale de 292 mètres de long et 62 mètres de haut.
Le viaduc suscite initialement des polémiques, notamment en 1860, quand le conseil municipal craint ses effets sur l’aération de la ville, étroite et encadrée par des vallées. La Compagnie des chemins de fer de l’Ouest ignore ces objections, imposant un tracé central pour des raisons techniques et économiques. Dès 1863, un premier test utilise une locomotive tirée par 19 chevaux, avant sa mise en service officielle en 1865. En 1891, une ligne à voie métrique vers Carhaix est ajoutée via un troisième rail, renforçant son rôle stratégique.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le viaduc devient une cible alliée. Le 29 janvier 1943, huit chasseurs-bombardiers américains Boston de la Royal Air Force larguent 43 bombes sur Morlaix, visant à interrompre la ligne Paris-Brest. Une seule bombe endommage légèrement l’ouvrage, créant une brèche de 4 mètres entre deux piliers. Réparé en quelques heures par les ingénieurs allemands, le trafic reprend rapidement, illustrant sa résilience. À noter que le viaduc de La Méaugon, tout aussi stratégique mais isolé, échappe aux bombardements.
Inscrit aux monuments historiques en 1975, le viaduc se distingue par son architecture à deux niveaux : neuf arches inférieures de 13,47 mètres et quatorze supérieures de 15,50 mètres. Ses piles massives, jusqu’à 19,36 mètres d’épaisseur, contrastent avec la légèreté apparente des arcades. Victor Fénoux souligne ce choix esthétique, où la robustesse rassure autant qu’elle impressionne. Construit pour 2,5 millions de francs, il mobilise 11 000 m3 de granit et 52 000 m3 de moellons, avec un coût final proche des prévisions initiales.
Au-delà de sa fonction ferroviaire, le viaduc intègre un passage piétonnier au niveau inférieur, reliant les deux rives de la vallée. Ce détail pratique reflète son ancrage dans la vie quotidienne morlaisienne, tout en symbolisant la modernité industrielle du XIXe siècle. Aujourd’hui, il reste un emblème de la ville, mêlant patrimoine technique et mémoire des conflits, tout en continuant d’assurer son rôle originel sur la ligne Paris-Brest.