Origine et histoire du Viaduc des Rochers Noirs
Le viaduc des Rochers Noirs, aussi appelé viaduc de Roche-Taillade, est un pont suspendu ferroviaire conçu selon le brevet d'Albert Gisclard et construit par les établissements Ferdinand Arnodin. Inauguré en 1913, il permettait à la ligne du Transcorrézien (tramways de la Corrèze) de relier Tulle à Ussel en franchissant les gorges de Luzège, entre Lapleau et Soursac. Son architecture audacieuse, adaptée à un terrain escarpé, combine des câbles métalliques croisés et une suspension Ordish pour une rigidité optimale, préfigurant les ponts à haubans modernes.
Initialement dédié au trafic ferroviaire jusqu’en 1959, le viaduc fut converti en pont routier (D 89) de 1960 à 1983, puis réservé aux piétons. Classé Monument historique en 2000, il fut fermé en 2005 pour vétusté. Une rénovation majeure (9,8 M€), financée par l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Département de la Corrèze et des mécènes, a permis sa réouverture en septembre 2024. Les travaux ont restauré sa suspension d’origine, remplacé 4 800 mètres de câbles, et modernisé les garde-corps tout en préservant son design historique.
Le viaduc est emblématique des cinq ponts Gisclard subsistants en France, et le seul conservé dans un état quasi original. Son système de câbles croisés, inspiré du pont de Cassagne (Pyrénées-Orientales), offre une structure géométriquement indéformable. Les deux piles en granit, hautes de 41,71 m (côté Lapleau) et 53,71 m (côté Soursac), s’élèvent à 126 mètres au-dessus de la Luzège. Le tablier métallique, suspendu par des fermes triangulées, repose sur des massifs d’amarrage creusés dans la roche.
Depuis 2024, le viaduc est ouvert à la mobilité douce (piétons, cyclistes) et sert de support pédagogique pour l’université de Limoges et les écoles d’ingénieurs locales. L’association ASTTRE 19, créée en 1993, a milité pour sa préservation. Une passerelle himalayenne, installée en 2014 en contrebas, maintient la continuité du sentier de grande randonnée entre Soursac et Lapleau.
La construction du viaduc (1911–1913) fut un défi technique : le terrain escarpé, la profondeur des gorges et l’inclinaison du talweg ont imposé le choix d’un pont suspendu rigide. Le système Gisclard, adopté pour sa stabilité, évitait les oscillations dangereuses des ponts suspendus classiques. Les matériaux locaux (granit) et un télécharge Arnodin (portée de 172 m) ont facilité la logistique. L’inauguration par le président Raymond Poincaré souligna son importance pour le désenclavement régional.