Origine et histoire de la Vieille Charité de Marseille
La Vieille Charité, située au 2 rue de la Charité dans le 2e arrondissement de Marseille, fut construite au XVIIe siècle selon les plans de Pierre Puget pour accueillir les indigents de la ville. Ce projet s’inscrivait dans le mouvement du « grand enfermement », une politique royale visant à regrouper mendiants et vagabonds. La première pierre fut posée en 1640 après deux décennies de préparation, mais ce n’est qu’en 1671 que le projet définitif de Puget, né dans le quartier, fut retenu. Les travaux, dirigés par son frère Jean et le maître maçon Jacques Borély, débutèrent la même année, malgré des difficultés financières récurrentes.
La construction s’étala sur plusieurs décennies : l’aile nord fut achevée en 1678, tandis que la chapelle, financée par une donation d’Honoré de Seigneuret, ne fut terminée qu’en 1704, après la mort de Puget en 1694. L’ensemble des bâtiments, en pierre rose et blanche de la Couronne, fut finalement achevé en 1745 sous la direction de François Puget, fils de l’architecte. Le site, organisé autour d’une cour rectangulaire fermée, comprenait des galeries sur trois niveaux et une chapelle baroque coiffée d’une coupole elliptique, symbole de l’architecture religieuse de l’époque.
Au XVIIIe siècle, la Vieille Charité devint un lieu de répression de la mendicité, où les « chasse-gueux » arrêtaient les mendiants marseillais pour les enfermer. Les pensionnaires, au nombre de 1 059 en 1760, étaient astreints à des travaux dans des ateliers ou placés comme domestiques. Cependant, avec l’évolution des mentalités, le nombre d’internés diminua progressivement, passant à 250 en 1781. Après la Révolution, l’hospice servit d’asile pour vieillards jusqu’en 1890, date de leur transfert à Sainte-Marguerite.
Au XXe siècle, le bâtiment, tombant en ruine, fut occupé par des familles pauvres et des activités artisanales précaires. Menacé de disparition, il fut sauvé par son classement comme monument historique en 1951, suivi d’une campagne de restauration majeure entre 1961 et 1986. Sous l’impulsion d’André Malraux, ministre de la Culture, les façades en molasse rose et les intérieurs furent rénovés, redonnant à l’édifice son éclat d’origine. La chapelle, avec son porche néoclassique ajouté au XIXe siècle, fut également restaurée.
Depuis les années 1980, la Vieille Charité est devenue un pôle culturel majeur de Marseille. Elle abrite le musée d’archéologie méditerranéenne, le musée d’arts africains, océaniens et amérindiens, ainsi que des institutions de recherche comme le Centre Norbert Elias (EHESS/CNRS). Le Centre international de poésie Marseille (CipM) y organise également des événements littéraires. Ce lieu, autrefois symbole de l’enfermement des pauvres, est aujourd’hui un espace dédié à la connaissance et à la création.