Origine et histoire de la Vieille Major
La Vieille Major est l’ancienne cathédrale de Marseille, édifiée à partir du XIIe siècle sur les fondations d’une église du Ve siècle. Elle incarne l’évolution du christianisme marseillais, depuis les premiers témoignages du IIe siècle (comme l’épitaphe de FORTVNATVS et VOLVSIANVS) jusqu’à son rôle central comme siège épiscopal à partir de 314, sous l’évêque Oresius. Le baptistère adjacent, fouillé au XIXe siècle, révèle un diamètre de 22 mètres, faisant de lui le plus grand de Provence, utilisé jusqu’au XIIe siècle.
La cathédrale actuelle, reconstruite au XIIe siècle en pierre rose de La Couronne, adopte un plan en croix latine avec une coupole octogonale et une abside heptagonale. Elle intègre des éléments Renaissance comme l’autel de saint Lazare (1475–1481), sculpté par Francesco Laurana, et un bas-relief attribué à l’atelier de Luca della Robbia. Au XVe siècle, une travée est ajoutée, et le clocher est érigé au XIVe. Les lambris du chœur, sauvés en 1794 par un armateur italien, se trouvent aujourd’hui en Italie.
Menacée de destruction en 1852 pour laisser place à la nouvelle cathédrale Sainte-Marie-Majeure, la Vieille Major est partiellement préservée grâce aux protestations de la Société française pour la conservation des monuments. Seul le chœur et une travée subsistent, déclassés en église paroissiale jusqu’aux années 1950. Depuis 1994, des travaux de renforcement (fondations, faîtage, tirants) visent à stabiliser l’édifice, classé Monument Historique dès 1840. En 2015, un budget d’un million d’euros est alloué à sa restauration, dans le cadre de Marseille-Provence 2013.
L’histoire de la Vieille Major reflète les bouleversements de Marseille : repli médiéval sur la colline Saint-Laurent après les invasions barbares, rivalités épiscopales avec Arles et Aix-en-Provence (Ve siècle), et réhabilitation sous les vicomtes de Marseille (Xe–XIe siècles). Son baptistère, abandonné au Moyen Âge, et ses vestiges paléochrétiens témoignent de son ancrage dans l’Antiquité tardive. Aujourd’hui, elle symbolise la stratification historique du site, entre héritage roman et défis contemporains de conservation.
Le décor intérieur, marqué par l’autel de saint Lazare et les œuvres de della Robbia, illustre les influences artistiques italiennes en Provence. La cathédrale, amputée de deux travées en 1852, conserve cependant des éléments uniques comme sa coupole sur trompes et ses absidioles. Les fouilles du XIXe siècle, menées par Espérandieu, ont révélé l’emplacement du baptistère sous le collatéral droit, confirmant son rôle central dans le christianisme marseillais dès le Ve siècle.