Origine et histoire du Vieux Bourg
Le Vieux Bourg de L'Abergement-Clémenciat est un site médiéval implanté sur une colline de la commune du même nom, dans le département de l'Ain. Ce site, de forme ovale fossoyée (190 × 130 m), comprend une motte artificielle circulaire de 45 m de diamètre, une plate-forme accolée de 70 × 50 m, et une seconde plate-forme en croissant de 140 m de long. Les vestiges incluent une tour ronde du XVe siècle, des murs d’enceinte du XIVe siècle flanqués de cinq tours (dont trois subsistent), une poterne, une église des XVIe–XVIIe siècles, et des bâtiments ruraux. Le cimetière, adjacent à l'église, fut utilisé jusqu’au XIXe siècle. Le site est classé Monument Historique depuis 1994, et ses mottes castrales (dites poype de la Féole et poype du Péage) sont protégées depuis 2015.
Les premières mentions écrites du site remontent à 1250, dans un pouillé du diocèse de Lyon. Au début du XIVe siècle, les sires de Chabeu, seigneurs de Saint-Trivier-en-Dombes, y établissent un nouveau site fortifié après avoir succédé à la famille de Clémenciat. En 1304, Jacques de Chabeu, chevalier, rend hommage à l’Église de Lyon pour la seigneurie. En 1338, son petit-fils cède le château et ses dépendances à Galois de La Baume, seigneur de Montrevel-en-Bresse, vassal des sires de Beaujeu. En 1342, Guillaume de La Baume prête serment pour le château au comte de Savoie, marquant son rattachement à cette puissance. En 1372, la seigneurie est disputée entre le sire de Beaujeu et le comte de Savoie, reflétant les tensions féodales de l’époque.
Les fouilles et observations du XXe siècle ont révélé une tour ronde dite Tour-Chabeu (XVe siècle), des fossés partiellement en eau, et un remblai de 20 m de large servant de rempart extérieur. L’enceinte en briques, avec ses tours quadrangulaires et circulaires, date probablement du XIVe siècle. Le site illustre l’architecture militaire médiévale tardive, avec une motte castrale typique de la région de Dombes. Quatre mottes étaient encore visibles à la fin du XIXe siècle dans la commune, témoignant d’une occupation féodale dense. Les vestiges actuels offrent un aperçu des systèmes défensifs et de l’organisation spatiale d’un bourg seigneurial du Moyen Âge.
La protection du site s’étend aux mottes castrales environnantes, comme la poype de la Féole (à l’ouest du hameau éponyme) et la poype du Péage (près de la jonction des routes D64 et D64c). Ces éléments, inscrits en 2015, complètent la compréhension du réseau défensif local. Le Vieux Bourg, avec son église, ses bâtiments ruraux et son cimetière désaffecté, incarne à la fois un lieu de pouvoir seigneurial et un centre de vie communautaire médiéval, avant son déclin progressif à l’époque moderne.
Les sources archéologiques et textuelles suggèrent une occupation potentielle dès l’époque gallo-romaine, bien que les preuves tangibles remontent surtout au XIVe siècle. Le site, stratégiquement positionné entre les influences lyonnaise et savoyarde, reflète les dynamiques politiques de la Dombes médiévale, marquée par des changements de suzeraineté et des alliances entre familles nobles. Les sires de Chabeu et les La Baume y ont joué un rôle central, comme en attestent les actes féodaux et les vestiges architecturaux.
Aujourd’hui, le Vieux Bourg se visite librement, offrant un panorama sur les techniques de fortification médiévales et l’évolution des paysages ruraux. Son classement parmi les Monuments Historiques souligne son importance patrimoniale, tant pour l’histoire locale que pour l’étude des mottes castrales en Auvergne-Rhône-Alpes. Les recherches futures pourraient préciser ses origines et son rôle dans les conflits régionaux des XIVe–XVe siècles.