Origine et histoire de la Villa dite château Laurens
La villa Laurens, aussi appelée château Laurens, est édifiée à Agde entre 1898 et 1900 par Emmanuel Laurens (1873–1959), héritier d’une fortune colossale et passionné d’art. Ce médecin, voyageur et mélomane, conçoit sa demeure comme une œuvre d’art totale, fusionnant architecture, décors et mobilier. L’édifice éclectique allie influences Art nouveau, néo-grecques, égyptomaniaques et orientalistes, reflétant ses voyages en Russie, Ouzbékistan et Autriche. Les artisans impliqués incluent le peintre Eugène Dufour (décors du salon), Louis Anquetin (plafond du bureau), et Eugène Simas (salle de bains en faïence de Sarreguemines).
La villa, occupée par des militaires allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, est abandonnée après la mort de Laurens en 1959. Rachatée par la Ville d’Agde en 1994, elle fait l’objet d’une restauration monumentale (15 M€) avant son ouverture au public en juin 2023. Classée monument historique en 1996, elle comprend jardin, bassins, orangerie et une turbine hydroélectrique. Son mobilier, partiellement dispersé, est aujourd’hui réinstallé, comme les pièces de Léon Cauvy ou Carlo Bugatti exposées au musée Jules-Baudou pendant les travaux.
Le projet de restauration, mené par la communauté d’agglomérations Hérault Méditerranée et l’agence RL & Associés, vise à redonner vie à ce joyau méconnu. En 2015, l’État commande aux artistes Wilfried Mille et Ida Tursic une œuvre contemporaine (Blow-Up) pour remplacer les toiles perdues du salon de musique. La villa illustre ainsi l’audace architecturale et décorative du tournant du XXe siècle dans le Sud de la France, entre héritage local (famille de maîtres maçons agathois) et influences internationales.
Emmanuel Laurens, figure centrale du projet, puise son inspiration dans ses collections et ses voyages. Propriétaire d’une autre villa à Saint-Raphaël dès 1898, il transforme Belle-Isle en un lieu unique, où se croisent arts décoratifs, musique et art de vivre. Son héritage artistique survit grâce aux rachats municipaux (meubles classés) et aux publications récentes, comme l’ouvrage Château Laurens, la splendeur retrouvée (2023) ou la bande dessinée Emmanuel Laurens : le château de ses rêves (2025).