Origine et histoire
La villa Tempe a Pailla, située au 187 route de Castellar à Menton (Alpes-Maritimes), est un exemple emblématique de l’architecture moderniste des années 1930. Conçue par l’architecte et décoratrice Eileen Gray à partir de 1931 et achevée en 1934, elle incarne une rupture avec les styles traditionnels. Gray y intègre des solutions innovantes comme des meubles escamotables, des cloisons mobiles et un système d’éclairage naturel réglable depuis le lit, reflétant sa vision fonctionnelle et esthétique.
Le projet naît en 1926 lorsque Gray acquiert un terrain en pente sur les hauteurs de Menton, incluant un cabanon et trois citernes en pierre qu’elle réutilise comme soubassement. Le cabanon, initialement peint en blanc et surnommé le Bateau blanc, est finalement détruit pour laisser place à une construction en béton et briques, couverte d’un toit-terrasse. La villa, organisée sur un niveau surélevé, comprend un living-room prolongé par une terrasse-solarium, une salle à manger, deux chambres, et une cuisine, le tout accessible par un escalier extérieur en porte-à-faux.
Gray conçoit également l’intégralité du mobilier, privilégiant des matériaux locaux et des éléments industriels modulables. Des entreprises mentonnaises, comme le menuisier Charles Roattino, réalisent ces pièces sur mesure. Parmi les innovations notables figure un disque métallique actionnable depuis le lit pour réguler la lumière naturelle dans la chambre. Le nom de la villa, Tempe a Pailla, puise son inspiration dans une expression locale signifiant « le temps et la paille font mûrir les nèfles », symbolisant patience et harmonie avec le paysage.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la villa est pillée, poussant Gray à la restaurer entre 1946 et 1953. Elle y ajoute des terrasses et remplace certains éléments endommagés, mais finit par la vendre en 1954 au peintre Graham Sutherland, qui y installe un atelier. Classée Monument Historique en 1990, la villa conserve une partie de son mobilier d’origine et témoigne de l’audace créative de Gray, également auteure de la villa E-1027 à Roquebrune-Cap-Martin.
L’édifice s’inscrit dans un terrain en pente offrant une vue panoramique sur Menton, la mer et les montagnes. Son architecture épurée, marquée par des lignes géométriques et des ouvertures stratégiques, dialogue avec le paysage méditerranéen. Les citernes originales, transformées en garage, cellier et réserve d’eau, illustrent l’ingéniosité de Gray dans la réutilisation des structures existantes. Aujourd’hui, la villa reste un témoignage majeur du mouvement moderniste en France et de l’œuvre pionnière d’Eileen Gray.