Origine et histoire de la Ville antique de Ruscino
Ruscino, située sur une butte dominant la rivière Têt à l’est de Perpignan, est un site archéologique majeur des Pyrénées-Orientales. Occupé dès le Néolithique, il devient la capitale probable des Sordes, peuple ligure ou protohistorique, entre le VIe et le IIe siècle av. J.-C. Les fouilles ont révélé des traces d’habitations de l’Âge du fer (VIIe–VIe siècle av. J.-C.), ainsi que des ossements et du mobilier domestique. Mentionnée par Polybe et Strabon, Ruscino joue un rôle central dans la région avant la romanisation.
La ville se développe sous la domination romaine à partir du milieu du Ier siècle av. J.-C., bénéficiant de sa position sur la Via Domitia et de son statut de cité latine. Son apogée, marqué par la construction d’un forum monumental sous Auguste (fin du Ier siècle av. J.-C.), est suivi d’un déclin au IIe siècle, accéléré par un séisme et la montée en puissance d’Elne et Narbonne. Le site est ensuite occupé par les Wisigoths, puis brièvement par les Arabes (VIIIe siècle), comme en témoignent des sceaux coufiques découverts sur place.
Au Moyen Âge, Château-Roussillon — nom médiéval du site — abrite les comtes de Roussillon entre le VIIIe et le Xe siècle, avant que leur transfert à Perpignan ne marginalise le lieu. Une seigneurie y érige un château dont subsistent une tour ronde (XIIIe–XIVe siècle), une chapelle dédiée à sainte Marie et saint Pierre, et des vestiges de murailles. Le site, fouillé depuis le XIXe siècle, a révélé le forum, des thermes (non excavés), un théâtre en terre, et un quartier résidentiel en galets enduits.
La toponymie de Ruscino, attestée sous des formes variées (Roschinus, Ruscinos, Colonia Ruscino), reflète des influences ligures, ibères et latines. Son étymologie reste incertaine, bien qu’une origine ligure — via le radical Ru/Rot — soit privilégiée. La légende médiévale de Guillem de Cabestany, troubadour assassiné dont le cœur aurait été servi à son amante, s’attache à la tour du château, bien que les preuves historiques manquent.
Ruscino, rattachée à Perpignan après une brève existence communale en 1790, est aujourd’hui un site archéologique protégé (inscrit aux Monuments Historiques en 1954). Les fouilles en cours visent à localiser l’entrée monumentale du forum et à préciser l’étendue de la ville antique, dont une partie reste enfouie sous le chemin vicinal adjacent.