Origine et histoire
L’île de Port-Cros, située dans l’archipel des îles d’Hyères en Provence-Alpes-Côte d’Azur, est une terre méditerranéenne de 7 km2, longue de 4,2 km et large de 2,4 km. Culminant à 199 m au Fortin de la Vigie, elle se distingue par sa végétation luxuriante, alimentée par des sources naturelles, et son relief escarpé. Son nom, hérité des Grecs qui l’appelaient Messé (« île du Milieu »), évoque sa position centrale dans l’archipel des Stœchades. Des traces romaines, comme des tombes et une monnaie d’or, attestent d’une occupation ancienne, tandis qu’un monastère lié à celui de Lérins y fut établi au Ve siècle avant d’être détruit par les pirates barbaresques entre le Xe et XVIe siècles.
Au XVIe siècle, François Ier érige les îles de Port-Cros, Bagaud et du Levant en marquisat pour lutter contre la piraterie, confiant leur défense à Bertrand d’Ornezan en 1532. Les fortifications promises tardent cependant à voir le jour, et Richelieu fait construire au XVIIe siècle la tour de l’Éminence et les forts de l’Estissac et de Port-Man. Malgré ces efforts, l’île, souvent négligée par les garnisons, subit pillages et invasions, notamment par les Anglais en 1700 et 1742. Au XVIIIe siècle, elle passe entre les mains de Louis de Colvet, beau-père de Mirabeau, puis est vendue en 1783 à Jean Joseph Barthélémy Simon de Savornin.
Le XIXe siècle marque un tournant avec Napoléon Ier, qui restaure les défenses en 1811 et y installe une garnison de 1 000 à 2 000 hommes. Après la chute de l’Empire, l’île change plusieurs fois de propriétaires, qui tentent sans succès des cultures ou des exploitations industrielles (comme une fabrique de soude). En 1890, le marquis de Beauregard en devient propriétaire et y attire des écrivains, dont Eugène-Melchior de Vogüé, qui immortalise l’île dans son roman Jean d’Agrève (1897). La famille Henry, notamment Marceline Henry, joue ensuite un rôle clé dans sa préservation au XXe siècle, transformant une auberge en Hostellerie Provençale et accueillant des figures littéraires comme André Gide ou Paul Valéry.
La Seconde Guerre mondiale laisse des traces à Port-Cros : en août 1944, un commando américano-canadien y combat une garnison allemande pendant deux jours lors du débarquement de Provence. En 1963, grâce à l’action d’André Malraux et aux dons des héritiers de Marceline Henry et de Paule Desmarais, l’île devient le premier parc national maritime européen. Aujourd’hui, ce parc protège une faune et une flore uniques, comme le phyllodactyle d’Europe (un gecko endémique), le pin d’Alep, ou des oiseaux rares tels le puffin cendré. Les forts historiques et les paysages sauvages en font un site à la fois naturel et culturel majeur.
L’administration de l’île relève de la ville d’Hyères, avec un adjoint spécial dédié, William Seemuller, depuis 2022. Le parc national, établissement public sous tutelle du ministère de l’Écologie, veille à la conservation de son patrimoine terrestre et marin, tout en permettant des activités comme la randonnée. Les défis actuels incluent la gestion des espèces invasives, comme les rats noirs dont la prolifération a été favorisée par l’éradication des chats harets, ou la préservation des écosystèmes méditerranéens face au tourisme.