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Ancienne usine Saint-Frères à Beauval dans la Somme

Somme

Ancienne usine Saint-Frères

    26 Route de Doullens
    80630 Beauval
Crédit photo : Scanné par Claude Shoshany - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1800
1900
2000
1814
Fondation de l’entreprise
1845
Début de la production de jute
1857
Première usine de jute
1865-1888
Chemin de fer industriel
1924
Transformation en société anonyme
1969
Rachat par Agache-Willot
2015
Classement partiel aux Monuments Historiques
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Les anciens bureaux et logements du directeur et du concierge, façades et toitures (AA 123) : inscription par arrêté du 1er décembre 2016 modifiant l'arrêté du 13 septembre 2015

Personnages clés

Pierre-François Saint (l’aîné) - Fondateur et organisateur Dirige la production à Beauval.
Jean-Baptiste Saint - Associé et commerçant Implanté à Rouen pour la vente.
Charles Saint (1826-1881) - Capitaine d’industrie Dirige l’expansion et la diversification.
Pierre Saint (1868-1943) - Dirigeant de la Belle Époque Gère l’apogée et les premières crises.
James Drummond Carmichaël - Concurrent et innovateur Dirige l’usine de jute d’Ailly-sur-Somme.

Origine et histoire

L’usine Saint-Frères à Beauval s’inscrit dans l’histoire d’une dynastie industrielle textile fondée en 1814 par trois frères, Pierre-François, Jean-Baptiste et Pierre-François Saint. Originaires de Beauval, ces tisserands se spécialisent d’abord dans les toiles d’emballage avant de dominer, à partir de 1845, la production française de jute, une fibre robuste importée des Indes britanniques. Leur succès repose sur une organisation familiale solide, des mariages stratégiques et une diversification rapide : filatures, tissages, et même un chemin de fer industriel privé (1865-1888) pour relier leurs usines de la vallée de la Nièvre.

L’apogée de l’entreprise coïncide avec la Belle Époque, où Saint-Frères devient le premier producteur national de jute, employant jusqu’à 9 000 ouvriers dans la Somme. Leur modèle paternaliste, inspiré du catholicisme social, inclut logements, écoles, coopératives et services médicaux, créant un système quasi autarcique. Cependant, la crise des années 1930 et l’essor des fibres synthétiques après 1950 précipitent son déclin. Rachat en 1969 par Agache-Willot, puis intégration dans le groupe Boussac (liquidé en 2000), marquent la fin de cet empire.

Le site de Beauval, partiellement protégé depuis 2015 pour ses façades et toitures des bureaux et du logement directeur, illustre l’architecture industrielle du XIXe siècle. Aujourd’hui, le nom Saint-Frères survit via des sociétés spécialisées dans les textiles techniques (Sioen Industries), perpétuant un héritage à la fois économique et social. L’usine reste un symbole des mutations industrielles et des rapports patronaux en Picardie.

La production de jute, initialement stimulée par les besoins agricoles et les transports maritimes, décline face à la concurrence étrangère (Royaume-Uni, Inde) et aux innovations technologiques. Malgré des tentatives de modernisation (métier à tisser circulaire), l’entreprise ne parvient pas à s’adapter à l’ère des polymères. Les licenciements massifs des années 1930 révèlent les limites du paternalisme, tandis que la fermeture définitive au XXe siècle clôt un chapitre majeur de l’histoire textile française.

L’usine de Beauval s’insère dans un réseau de 13 sites picards, dont Flixecourt (siège opérationnel) et Amiens. Ces usines, reliées par un réseau ferroviaire privé, formaient un complexe intégré, de la filature au produit fini. Leur architecture utilitaire, souvent en brique, reflète les besoins fonctionnels de l’époque, tandis que les œuvres sociales (Château rouge de Flixecourt) témoignent d’une ambition philanthropique mêlée à un contrôle strict des ouvriers.

Liens externes