Origine et histoire
L'abbaye Notre-Dame du Tronchet, située à Le Tronchet en Ille-et-Vilaine, trouve ses origines à la fin du XIe siècle, lorsqu’un lieu de prière fut établi dans la forêt par Gaultier, un anachorète guéri de la lèpre. Une communauté pieuse se forma autour de lui, attirée par ses vertus. En 1140, Alain, fils de Jordan, sénéchal de Dol, fonda une église sur ce site, suivie en 1150 par un couvent. L’abbaye fut officiellement érigée en 1170 par des moines bénédictins de la Congrégation de Tiron, sous le vocable de Notre-Dame du Tronchet, avec l’appui du pape Alexandre III.
Au XIIe et XIIIe siècles, l’abbaye prospéra grâce à des donations et des privilèges, comme la concession d’une foire de trois jours par Henri II d’Angleterre en 1150. Elle dépendait initialement de l’abbaye de Tiron, mais obtint une certaine autonomie tout en restant soumise à des visites canoniques. Les moines acquirent des terres, des dîmes et des droits seigneuriaux, comme ceux sur le manoir de Dinan ou les dîmes de Saint-Pierre-de-Plesguen. L’abbaye jouissait aussi de droits de justice, symbolisés par des fourches patibulaires au village.
Entre le XIVe et le XVe siècle, l’abbaye traversa des périodes de tensions, notamment avec l’archevêque de Dol et l’abbaye de Tiron. En 1422, l’élection d’Alain Costard relança les contestations, tandis que Gilles Raguenel, abbé en 1436, renforça les liens avec les prieurés locaux. En 1478, François de Beauchêne, abbé, reçut des bulles pontificales lui conférant des privilèges épiscopaux. Cependant, la mise en commende au XVIe siècle marqua un déclin, les abbés nommés par le pouvoir civil négligeant l’entretien des lieux.
Au XVIIe siècle, face à la décadence, l’abbaye fut réformée par la Congrégation de Saint-Maur. En 1607, dom Isaac Jaunay ne trouva qu’un seul moine résidant, Dom Gilles Le Bret, dans un monastère en ruines. La reconstruction débuta en 1642 sur une colline voisine, pour échapper aux marécages insalubres de l’emplacement originel. L’église abbatiale, de style néo-grec, fut achevée en 1679, tandis que les bâtiments conventuels et le cloître furent réaménagés. L’abbaye retrouva alors une certaine prospérité, malgré des conflits avec les autorités locales, comme celui des dîmes novales en 1674.
Le XVIIIe siècle fut marqué par des tensions religieuses, notamment avec l’évêque de Dol lors de la crise janséniste en 1718. L’abbaye, déjà affaiblie, fut dissoute en 1767 par la Commission des Réguliers pour insuffisance de moines, puis rétablie en 1774 grâce à l’intervention de l’évêque de Dol et des habitants. À la Révolution, l’abbaye fut pillée, vendue comme bien national, et partiellement démolie. Les vestiges furent rachetés par les villageois, et l’église devint paroissiale en 1826. Classée monument historique en 1933, elle fut restaurée au XXe siècle.
Aujourd’hui, il ne reste que des vestiges des bâtiments conventuels et de l’église abbatiale, témoignant de son passé glorieux. Le site, autrefois animé par des associations culturelles, conserve une partie de son architecture d’origine, comme le cloître aux 28 piliers ou l’hôtellerie transformée en presbytère. Les jardins, partiellement reconstitués, évoquent l’autosuffisance monacale, avec un puits du XVIIe siècle et des carrés dédiés aux plantes médicinales et alimentaires. L’abbaye reste un symbole du patrimoine religieux breton, lié à des figures comme Chateaubriand, qui en évoqua la mélancolie dans ses Mémoires d’Outre-Tombe.