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Abbaye Notre-Dame du Tronchet au Tronchet en Ille-et-Vilaine

Patrimoine classé
Patrimoine religieux
Abbaye
Eglise de style classique

Abbaye Notre-Dame du Tronchet

    L'Abbaye
    35540 Le Tronchet

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1100
1200
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1140
Fondation de l’église
1150
Foire concédée par Henri II
1170
Érection en abbaye bénédictine
Fin XIe siècle
Origines du lieu de prière
1221
Acquisition du manoir de Dinan
1478
Privilèges pontificaux pour François de Beauchêne
1607
Visite de dom Isaac Jaunay
1642-1679
Reconstruction de l’abbaye
1718
Crise janséniste
1767
Dissolution par la Commission des Réguliers
1790
Vente comme bien national
1826
Érection en paroisse
1933
Classement monument historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Personnages clés

Gaultier - Anachorète et fondateur du lieu de prière Guéri de la lèpre par Barthélémy.
Alain, fils de Jordan - Fondateur de l’église en 1140 Sénéchal de Dol, revenant de croisade.
Raoul - Premier abbé en 1170 Sous dépendance de l’abbaye de Tiron.
Henri II d’Angleterre - Duc de Normandie, bienfaiteur Concède une foire en 1150.
Gilles Raguenel - Abbé au XVe siècle Obtient des privilèges pontificaux en 1478.
Dom Isaac Jaunay - Réformateur de la Congrégation de Saint-Maur Constate les ruines en 1607.
Jean Le Prévost - Abbé commendataire (1603-1608) Restaure partiellement l’abbaye.
François-René de Chateaubriand - Écrivain, visiteur de l’abbaye Évoque sa mélancolie dans ses *Mémoires*.
Dom Gouallic - Dernier prieur claustral avant 1790 Déporté pendant la Révolution.
Albert Béziers-Lafosse - Architecte départemental Sauve l’église en 1856.

Origine et histoire

L'abbaye Notre-Dame du Tronchet, située à Le Tronchet en Ille-et-Vilaine, trouve ses origines à la fin du XIe siècle, lorsqu’un lieu de prière fut établi dans la forêt par Gaultier, un anachorète guéri de la lèpre. Une communauté pieuse se forma autour de lui, attirée par ses vertus. En 1140, Alain, fils de Jordan, sénéchal de Dol, fonda une église sur ce site, suivie en 1150 par un couvent. L’abbaye fut officiellement érigée en 1170 par des moines bénédictins de la Congrégation de Tiron, sous le vocable de Notre-Dame du Tronchet, avec l’appui du pape Alexandre III.

Au XIIe et XIIIe siècles, l’abbaye prospéra grâce à des donations et des privilèges, comme la concession d’une foire de trois jours par Henri II d’Angleterre en 1150. Elle dépendait initialement de l’abbaye de Tiron, mais obtint une certaine autonomie tout en restant soumise à des visites canoniques. Les moines acquirent des terres, des dîmes et des droits seigneuriaux, comme ceux sur le manoir de Dinan ou les dîmes de Saint-Pierre-de-Plesguen. L’abbaye jouissait aussi de droits de justice, symbolisés par des fourches patibulaires au village.

Entre le XIVe et le XVe siècle, l’abbaye traversa des périodes de tensions, notamment avec l’archevêque de Dol et l’abbaye de Tiron. En 1422, l’élection d’Alain Costard relança les contestations, tandis que Gilles Raguenel, abbé en 1436, renforça les liens avec les prieurés locaux. En 1478, François de Beauchêne, abbé, reçut des bulles pontificales lui conférant des privilèges épiscopaux. Cependant, la mise en commende au XVIe siècle marqua un déclin, les abbés nommés par le pouvoir civil négligeant l’entretien des lieux.

Au XVIIe siècle, face à la décadence, l’abbaye fut réformée par la Congrégation de Saint-Maur. En 1607, dom Isaac Jaunay ne trouva qu’un seul moine résidant, Dom Gilles Le Bret, dans un monastère en ruines. La reconstruction débuta en 1642 sur une colline voisine, pour échapper aux marécages insalubres de l’emplacement originel. L’église abbatiale, de style néo-grec, fut achevée en 1679, tandis que les bâtiments conventuels et le cloître furent réaménagés. L’abbaye retrouva alors une certaine prospérité, malgré des conflits avec les autorités locales, comme celui des dîmes novales en 1674.

Le XVIIIe siècle fut marqué par des tensions religieuses, notamment avec l’évêque de Dol lors de la crise janséniste en 1718. L’abbaye, déjà affaiblie, fut dissoute en 1767 par la Commission des Réguliers pour insuffisance de moines, puis rétablie en 1774 grâce à l’intervention de l’évêque de Dol et des habitants. À la Révolution, l’abbaye fut pillée, vendue comme bien national, et partiellement démolie. Les vestiges furent rachetés par les villageois, et l’église devint paroissiale en 1826. Classée monument historique en 1933, elle fut restaurée au XXe siècle.

Aujourd’hui, il ne reste que des vestiges des bâtiments conventuels et de l’église abbatiale, témoignant de son passé glorieux. Le site, autrefois animé par des associations culturelles, conserve une partie de son architecture d’origine, comme le cloître aux 28 piliers ou l’hôtellerie transformée en presbytère. Les jardins, partiellement reconstitués, évoquent l’autosuffisance monacale, avec un puits du XVIIe siècle et des carrés dédiés aux plantes médicinales et alimentaires. L’abbaye reste un symbole du patrimoine religieux breton, lié à des figures comme Chateaubriand, qui en évoqua la mélancolie dans ses Mémoires d’Outre-Tombe.

Liens externes