Origine et histoire
Le couvent des Carmélites de Ploërmel fut fondé le 15 octobre 1627 par les Carmes de Vannes, trois ans après l’arrivée des Ursulines dans la ville. Les travaux de construction s’étalèrent de 1630 à 1645, avec l’ajout d’une aile nord en 1649. Une première chapelle, conçue par l’architecte rennais Jean Gruau, fut bâtie entre 1680 et 1702, avant d’être remplacée par l’actuelle vers 1750. Ce couvent illustre l’expansion des ordres religieux en Bretagne sous l’Ancien Régime, marqué par une architecture adaptée à la vie monastique (cloître, réfectoire, cellules).
La Révolution française marqua un tournant : après un inventaire le 19 octobre 1790, les Carmélites furent expulsées le 1er octobre 1792. Le couvent, nationalisé, servit successivement de grenier, de prison, et abritera une école dès 1794. Rétrocédé aux Ursulines par décret impérial en 1811, il devint une école pour jeunes filles jusqu’à leur expulsion en 1904, dans le cadre des lois sur l’enseignement public. Cette période reflète les tensions entre État et Église autour de l’éducation.
Au XXe siècle, le site fut racheté en 1913 pour devenir le pensionnat du Sacré-Cœur, puis confié aux Filles de Jésus de Kermaria en 1932. Endommagé par des bombardements en juin 1944 et un incendie en 2006, il fut partiellement restauré (chapelle en 1952, agrandissement entre 1959-1961). Depuis 1987, ses éléments emblématiques (cloître, chapelle, réfectoire) sont protégés au titre des monuments historiques. Aujourd’hui, il incarne la résilience d’un patrimoine à la fois religieux, éducatif et mémoriel.
L’architecture du couvent, organisée autour d’un cloître carré, comprenait initialement des espaces dédiés à la vie communautaire (cuisine, réfectoire, salle capitulaire) et à la prière (chapelle). Les modifications successives, comme l’ajout de bâtiments scolaires au XXe siècle, témoignent de son adaptation aux besoins changeants, tout en conservant des traces de son usage monastique originel. La chapelle, œuvre majeure de Jean Gruau, reste un exemple du baroque breton.
La localisation du couvent, rue Sénéchal-Thuault, en fait un élément central du patrimoine ploërmelais. Son histoire croisée avec celle des Ursulines et des Carmélites révèle les dynamiques religieuses et sociales de la Bretagne, entre ancrage local et influences extérieures (Vannes, Rennes). Les protections de 1987 soulignent sa valeur patrimoniale, tandis que son usage actuel perpétue une vocation éducative vieilles de quatre siècles.