Origine et histoire de l'ancien couvent
Le couvent Saint-François d'Oletta, aussi appelé Conventu San Francescu, est un ancien couvent franciscain situé dans la plaine d’Oletta, en Corse, à 2 km du village. Fondé avant 1260, il fut l’un des plus anciens couvents du Nebbio, classé troisième de l’île lors du chapitre de Narbonne en 1260. L’édifice actuel, reconstruit aux XVIIe et XVIIIe siècles avec des réemplois, remplaça une structure médiévale datée de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle. Il abritait initialement vingt-cinq cellules pour dix-huit frères, dont trois prêtres, et servait de centre d’enseignement et de prédication.
Au XVe siècle, les tensions locales étaient telles que le prêtre célébrait l’office avec deux pistolets sur l’autel. Le couvent joua un rôle clé dans la lutte pour l’indépendance corse aux côtés de Pascal Paoli : les moines y organisèrent des consultes (assemblées) en 1745, 1747, 1750 et 1753, et Paoli y installa en 1758 une imprimerie nationale, la Stamperia della verita, pour diffuser des textes philosophiques et historiques. En 1768, les troupes françaises occupèrent le site, en firent leur quartier général, et y réprimèrent un complot indépendantiste en 1769, torturant cinq jeunes patriotes dont Don Petru Leccia, 23 ans, supplicié sur la roue.
Chassés en 1769, les religieux revinrent brièvement en 1854 avant de quitter définitivement le couvent en 1905, lors de la séparation de l’Église et de l’État. Au XXe siècle, l’édifice tomba en ruine après des décennies d’abandon, de squats et de pillages (années 1980-1990). Racheté en 2001 par l’artiste Candida Romero, il fut restauré sans fonds publics et transformé en lieu culturel privé : résidences d’artistes, expositions, concerts et mariages. La chapelle, classée monument historique en 1974, et les jardins redessinés (1 hectare) en font aujourd’hui un site patrimonial et artistique unique.
L’aile nord, reconstruite aux XVIIe-XVIIIe siècles, abrite désormais des chambres d’hôtes et des salles de réception, tandis que l’aile est, en ruine, conserve des traces de voûtes. La chapelle, de style baroque, possède un clocher imposant, neuf chapelles latérales et une crypte abritant les tombes des franciscains. Son intérieur, pillé dans les années 1980, a partiellement retrouvé sa vocation culturelle. Le site a reçu plusieurs prix (Prix VMF, Label Demeure Historique) et est animé par une marque de cosmétiques, Eaudecouvent, inspirée de ses jardins et de son histoire.
Le couvent est aussi marqué par des épisodes tragiques, comme la Conspiration d’Oletta (1769), où cinq jeunes hommes furent torturés pour leur soutien à Paoli. Leur mémoire est honorée par une plaque commémorative apposée au-dessus de la porte latérale. Maria Gentile, fiancée de Don Petru Leccia, brava l’interdiction française pour lui offrir une sépulture chrétienne dans la chapelle, un acte de résistance qui émut jusqu’au général de Vaux. Ces événements illustrent le rôle dual du couvent : lieu de foi et foyer de résistance politique.
Aujourd’hui, le couvent Saint-François allie préservation patrimoniale et création contemporaine. Les jardins, autrefois en friche, ont été transformés en espaces thématiques (jardin des moines, jardin Renaissance) plantés d’essences corses et orientales. Le site, propriété privée, accueille des événements artistiques depuis 2017 et perpétue son héritage à travers des projets comme Eaudecouvent, dont les parfums et cosmétiques s’inspirent des plantes des jardins et des récits historiques liés au lieu.