Origine et histoire du Palais du Tau
Le Palais du Tau, aussi appelé ancien évêché d'Angers, est un édifice dont les origines remontent au IXe siècle, bien que ses parties les plus anciennes conservées datent du XIIe siècle. Il s’appuie sur le mur d’enceinte gallo-romain du IIIe siècle, réutilisant une de ses tours comme soubassement. Les deux corps principaux, disposés en forme de « T », furent construits sous l’épiscopat d’Ulger (première moitié du XIIe siècle) : ils abritaient des écuries, une salle synodale, un cachot, et des vestiges d’une chapelle. Les matériaux utilisés – brique, pierre, tuffeau et schiste – reflètent les techniques locales de l’époque.
Au XVe siècle, l’évêque Hardouin de Bueil modifie les couvertures et aménage dans le corps sud une vaste salle, aujourd’hui bibliothèque. Au début du XVIe siècle, François de Rohan entreprend la reconstruction de l’escalier principal, resté inachevé. Le palais subit un remaniement majeur au XVIIe siècle sous Claude de Rueil, qui transforme la salle synodale en appartements et remplace la cuisine circulaire médiévale par une nouvelle cuisine à l’étage. Michel Lepeletier, évêque vers 1693, dénature les baies et le décor de la salle synodale, tout en reconstruisant l’ancienne secrétairerie pour ses logements.
Le XIXe siècle marque une restauration complète du palais, dirigée par des architectes comme Charles Joly-Leterme, qui ajoute une seconde cour (rue de l’Oisellerie), achève l’escalier de Rohan, et surélève le corps nord. D’autres architectes (L. Duvêtre, Ch. Roques, R-E. Dussouchay) et sculpteurs (Barême, Chapeau) participent à ces travaux. Le palais, classé Monument Historique en 1907, devient un musée des tapisseries en 1910, puis une maison diocésaine en 1954. Ses vestiges gallo-romains, intégrés à la structure, témoignent de la superposition des époques.
L’édifice illustre ainsi près de mille ans d’histoire religieuse et architecturale, depuis son rôle d’évêché médiéval jusqu’à ses fonctions culturelles modernes. Les matériaux (tuffeau, schiste, brique) et les techniques (voûtes d’arêtes, escaliers en vis) reflètent les évolutions stylistiques, tandis que les restaurations du XIXe siècle, bien que controversées, ont préservé sa structure. Aujourd’hui, il reste un témoignage majeur du patrimoine angevin, lié à l’enceinte antique et à la cathédrale voisine.