Origine et histoire de la Rotonde de de la Villette
La rotonde de la Villette, aussi appelée barrière Saint-Martin, fut construite entre 1784 et 1788 par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux comme élément central du mur des Fermiers généraux. Ce bâtiment monumental, le plus imposant des « propylées » de Paris, servait de bureaux pour la perception de l’octroi, un impôt sur les marchandises entrant dans la capitale. Il contrôlait deux routes majeures : celle des Flandres et celle de Soissons, via des guérites annexes.
La rotonde, bien que non strictement une barrière, abritait receveurs, contrôleurs et un corps de garde. Son architecture mêle influences antiques et Renaissance italienne, avec un plan en croix grecque, un cylindre interne éclairé par un puits zénithal, et une façade en pierre ornée de colonnes toscanes et doriques. Ledoux y exprime son idéal progressiste des Lumières, réinventant les codes classiques.
Désaffectée en 1791 après l’abolition de l’octroi, la rotonde servit successivement de caserne (1830–1860), de grenier à sel (1865–1921), et abritera la Commission du Vieux Paris (1960–2004). Épargnée par les démolitions haussmanniennes, l’incendie de la Commune (1871), et les travaux du métro (1900–1903), elle fut classée monument historique en 1907. Touchée par un raid aérien en 1918, elle est aujourd’hui un lieu culturel et gastronomique.
Le lieu marque aussi l’histoire politique : c’est là que Louis XVI et sa famille firent halte lors de leur fuite à Varennes en 1791. Les deux barrières voisines (de la Villette et de Pantin), moins monumentales, furent détruites au XIXe siècle. La rotonde, restaurée en 2009, conserve son rôle de repère urbain sur la place de la Bataille-de-Stalingrad, face au bassin de la Villette.
Son architecture audacieuse, combinant rigueur géométrique et symbolisme (le cylindre évoquant l’égalité, le carré la raison), en fait un chef-d’œuvre du néo-classicisme. Ledoux y appliqua les principes développés à la saline royale d’Arc-et-Senans, avec des volumes contrastés et une ornements épurés, inspirés de Palladio. Le toit en entonnoir et la cour centrale circulaire créent un jeu de lumière unique.
Depuis 2009, la rotonde abrite un restaurant, une galerie d’art contemporain, et des espaces événementiels. Son rez-de-chaussée, rythmé par 40 colonnes doriques jumelées, accueille les visiteurs, tandis que les étages supérieurs abritent des bureaux. La terrasse paysagée de 1 500 m2 et les annexes, comme le mini-club, soulignent son adaptation aux usages modernes tout en préservant son patrimoine.