Frise chronologique
4e quart XIIe siècle
Premières fortifications romanes
Premières fortifications romanes
4e quart XIIe siècle (≈ 1287)
Assises attribuées à des travaux de 1185.
XIVe siècle
Construction majeure des remparts
Construction majeure des remparts
XIVe siècle (≈ 1450)
Enceintes distinctes pour la Cité et le bourg.
1562
Résistance protestante
Résistance protestante
1562 (≈ 1562)
Écusson commémoratif scellé dans les remparts.
1632
Démolition de la citadelle
Démolition de la citadelle
1632 (≈ 1632)
Ordre de Richelieu après annexion française.
1984
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1984 (≈ 1984)
Protection des vestiges subsistants.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Remparts (partie subsistante des anciens) (cad. non cadastré ; domaine public) : classement par arrêté du 21 décembre 1984
Personnages clés
| Richelieu - Cardinal et ministre de Louis XIII |
Ordonna la démolition de la citadelle en 1632. |
| Charles Martel - Chef franc |
Reprit Agde aux Sarrasins en 737. |
| Jacques Beaudiné (baron de Crussol) - Chef protestant |
Prise d'Agde en 1562 pendant les guerres de Religion. |
| Thédise Balbi - Évêque d'Agde |
Traita avec Amaury de Montfort en 1219. |
Origine et histoire
Les remparts d'Agde, classés Monument Historique en 1984, présentent une stratification architecturale reflétant trois périodes majeures. Leur base, composée de gros blocs, pourrait remonter à l’Antiquité grecque ou romaine, bien que certaines assises soient attribuées à des fortifications romanes édifiées vers 1185. La majorité des ouvrages actuels date cependant du XIVe siècle, lorsque la ville était divisée en deux entités distinctes : la Cité (abritant l’évêché et la cathédrale Saint-Étienne) et le bourg (avec les paroisses Saint-Sever et Saint-André), chacune protégée par sa propre enceinte. Ces remparts, longs de 676 m pour la Cité et 745 m pour le bourg, étaient ponctués de tours carrées ou rectangulaires, aujourd’hui disparues.
Au XVIe siècle, les remparts subirent d’importantes modifications, marquées par l’ajout de grands arcs et de superstructures merlonnées percées d’archères à étriers, probablement liées aux guerres de Religion qui agitèrent la région. Une citadelle fut également élevée à cette époque dans le prolongement des fortifications, avant d’être démolie en 1632 sur ordre de Richelieu. Les traces des conflits religieux sont encore visibles, comme un écusson scellé dans les remparts commémorant la résistance protestante en 1562. Ces transformations illustrent les adaptations militaires successives, entre défense médiévale et enjeux stratégiques de la Renaissance.
L’histoire d’Agde, intimement liée à ses remparts, est jalonnée de violences et de reconstructions. La ville, siège d’un évêché depuis l’époque wisigothique, fut tour à tour pillée par les Sarrasins (725), les Vikings (859), et ravagée lors de la croisade des Albigeois (XIIIe siècle). Les remparts, symboles de pouvoir épiscopal et communal, devinrent aussi un enjeu lors des affrontements entre consuls (représentants bourgeois) et évêques, notamment après l’institution du Conseil général en 1524. Leur préservation partielle aujourd’hui offre un témoignage tangible des dynamiques politiques et militaires qui ont façonné Agde du Moyen Âge à l’époque moderne.
Les vestiges actuels, situés rue du Quatre-Septembre, comprennent des courtines du XIVe siècle (comme celle ornée d’un écu armorié), des arcs du XVIe siècle, et des reprises ultérieures. Leur classement en 1984 souligne leur valeur patrimoniale, bien que leur localisation exacte et leur état de conservation restent partiellement documentés. Ces remparts, propriété de la commune, rappellent aussi le rôle stratégique d’Agde, port méditerranéen convoité, notamment lors des conflits entre Aragonais et Français ou pendant les guerres de Religion, où la ville changea plusieurs fois de mains.
Au-delà de leur fonction défensive, les remparts d’Agde incarnent les mutations urbaines et sociales de la cité. Leur construction et leurs remaniements coïncident avec l’essor du consulat (institution municipale dès 1206), les tensions entre pouvoir épiscopal et bourgeoisie marchande, et l’intégration progressive d’Agde au royaume de France après la croisade des Albigeois. Leur architecture hybride, mêlant basalte volcanique local et pierres de taille, reflète aussi les ressources et savoir-faire disponibles en Languedoc, entre héritage antique et innovations médiévales.