Origine et histoire de la Basilique Sainte-Marie-Madeleine
La basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, édifiée entre 1295 et 1532 sous l’impulsion de Charles II d’Anjou, est le plus grand monument gothique de Provence. Sa construction fut motivée par la redécouverte en 1279 des reliques de Marie Madeleine, identifiées dans une crypte paléochrétienne du IVe siècle. Ce lieu devint alors le troisième tombeau de la chrétienté, attirant des pèlerins jusqu’à la Révolution française, malgré les rivalités avec l’abbaye de Vézelay, qui revendiquait aussi les reliques de la sainte.
Les travaux, interrompus à plusieurs reprises, s’étalèrent sur plus de deux siècles. La basilique, inachevée, fut classée Monument Historique dès 1840. Son architecture, marquée par une nef à trois étages de voûtes et l’absence de transept, s’inspire de la cathédrale de Bourges. La crypte, cœur du sanctuaire, abrite quatre sarcophages paléochrétiens, dont celui attribué à Marie Madeleine, ainsi qu’un reliquaire moderne (1860) contenant son crâne. Les sarcophages, classés, datent du IVe siècle et proviendraient d’Arles.
Au XVIIe siècle, des modifications majeures altérèrent l’édifice, comme l’obturation des baies pour installer des retables. La Révolution française causa des dégradations : les reliquaires furent pillés pour leurs métaux précieux, mais les reliques furent sauvées par des habitants. Le couvent dominicain, fermé en 1791, fut restauré en 1859 par le père Henri Lacordaire. Les restaurations ultérieures, notamment au XIXe et XXe siècles, visèrent à stabiliser la structure, menacée par des infiltrations d’eau et des chutes de pierres.
La basilique abrite un orgue exceptionnel, construit entre 1772 et 1774 par Jean-Esprit Isnard. Sauvé pendant la Révolution grâce à l’intervention de l’organiste Fourcade, qui y joua La Marseillaise, cet instrument de 2 960 tuyaux d’origine est l’un des rares exemples intacts d’orgue français classique. Classé Monument Historique en 1979, il fit l’objet d’une restauration minutieuse entre 1986 et 1991. La basilique obtint officiellement le titre de basilique mineure en 2017, après une demande du diocèse.
Les fouilles archéologiques récentes (2021) ont révélé des vestiges antérieurs à la basilique, dont une église inconnue sous le sol actuel et des galeries non comblées reliant la crypte à d’autres parties du site. Ces découvertes suggèrent que la crypte était initialement plus vaste. Par ailleurs, des reliques attribuées à saint Sidoine, dont le crâne, furent redécouvertes en 2014. La basilique reste un lieu de dévotion majeur, lié à la légende provençale de Marie Madeleine et à son rôle dans l’évangélisation de la région.
L’édifice conserve un mobilier riche, dont des stalles du XVIIe siècle sculptées par le dominicain Vincent Funel, illustrant des miracles et martyres de l’ordre, ainsi qu’un retable du XVIe siècle d’Antoine Ronzen, représentant la Passion du Christ. Les sarcophages de la crypte, classés, offrent des scènes bibliques et paléochrétiennes uniques, comme le massacre des saints innocents ou la guérison de l’aveugle Sidoine. Ces éléments, combinés à l’orgue Isnard et aux fresques, font de la basilique un joyau du patrimoine religieux provençal.