Patrimoine classé
Les ouvrages de la batterie côtière de Crisbecq, vestiges de la Seconde Guerre mondiale, en totalité, et les assiettes foncières où ils sont conservés, y compris les vestiges archéologiques enfouis ou en élévations connus ou à découvrir, sur les parcelles n° 91, n° 92, n° 97, n° 98, n° 99, n° 100, n° 101, n° 104, n° 223, n° 234, n° 235, n° 236,, figurant au cadastre section D ; et sur la parcelle n° 389, figurant au cadastre section A, tel que représenté sur le plan annexé à l’arrêté : inscription par arrêté du 22 octobre 2024
Personnages clés
| Walter Ohmsen - Commandant de la batterie |
Dirigea la résistance jusqu'au 11 juin 1944. |
| Organisation Todt - Constructeur des fortifications |
Responsable des travaux entre 1942 et 1944. |
Origine et histoire de la Batterie de Crisbecq
La batterie de Crisbecq, également appelée batterie de Saint-Marcouf, est une installation militaire allemande construite entre 1942 et 1944 sur la presqu'île du Cotentin, dans le cadre du mur de l'Atlantique. Située à 2 km de la mer, elle dominait un vaste secteur côtier, de Saint-Vaast-la-Hougue à Grandcamp. Initialement équipée de six canons de 155 mm, elle fut ensuite dotée de quatre canons Skoda de 210 mm, capables de tirer à plus de 30 km. Sa construction, confiée à l'organisation Todt, fut retardée par les bombardements alliés à partir d'avril 1944.
Le 6 juin 1944, à 5 h 52, la batterie de Crisbecq fut la première à ouvrir le feu sur les forces alliées lors du débarquement de Normandie, ciblant les navires au large d’Utah Beach. Malgré des bombardements massifs (598 tonnes de bombes la nuit précédente), deux de ses canons restèrent opérationnels et coulèrent le destroyer USS Corry. La batterie résista plusieurs jours aux attaques terrestres américaines, notamment celles des parachutistes du 502e régiment et de la 4e division d'infanterie, avant d'être évacuée le 11 juin 1944 par son commandant, l’Oberleutnant Walter Ohmsen.
La batterie était protégée par un réseau complexe de défenses : 70 mitrailleuses en tobrouks, des champs de mines, des canons antiaériens, et des bunkers reliés par des tranchées. Son poste de commandement, équipé d’une coupole blindée et de salles de calcul, coordonnait aussi les tirs de la batterie voisine d’Azeville. Après sa prise le 12 juin, le site servit de terrain d’essais pour le génie américain testant la résistance des bunkers, causant une partie des dégâts visibles aujourd’hui.
Abandonnée après la guerre, la batterie fut rachetée en 2004 par des particuliers qui restaurèrent une vingtaine de blockhaus et créèrent un musée privé. Depuis 2016, le poste de commandement, entièrement réhabilité, retrace l’histoire de Walter Ohmsen et de la batterie. En décembre 2024, le site a été inscrit aux Monuments historiques parmi 18 vestiges de la Seconde Guerre mondiale en Normandie. Aujourd’hui, le musée propose des visites guidées avec des objets d’époque et des reconstitutions des combats de 1944.
La batterie de Crisbecq symbolise la résistance allemande lors du Débarquement. Son rôle clé dans les premières heures de l’opération Overlord, sa technologie avancée pour l’époque (canons de 210 mm, casemates en béton armé), et sa préservation en font un lieu mémoriel majeur. Le site illustre aussi l’ingénierie militaire du IIIe Reich, avec des ouvrages conçus pour résister aux bombardements, comme les casemates de type Regelbau R683, nécessitant 2 000 m3 de béton chacune.