Frise chronologique
20-24 août 1941
Première grande rafle parisienne
Première grande rafle parisienne
20-24 août 1941 (≈ 22)
4 232 Juifs internés à Drancy.
1931-1934
Construction de la cité de la Muette
Construction de la cité de la Muette
1931-1934 (≈ 1933)
Bâtiment en U conçu par Lods et Beaudouin.
octobre 1939
Réquisition partielle par l'armée française
Réquisition partielle par l'armée française
octobre 1939 (≈ 1939)
Logements pour militaires avant 1940.
14 juin 1940
Réquisition par l'armée allemande
Réquisition par l'armée allemande
14 juin 1940 (≈ 1940)
Camp pour prisonniers de guerre alliés.
27 mars 1942
Premier convoi pour Auschwitz
Premier convoi pour Auschwitz
27 mars 1942 (≈ 1942)
Début des déportations massives.
16 juillet 1942
Rafle du Vél d'Hiv'
Rafle du Vél d'Hiv'
16 juillet 1942 (≈ 1942)
13 000 Juifs arrêtés, certains envoyés à Drancy.
juillet 1943
Changement de gare de départ
Changement de gare de départ
juillet 1943 (≈ 1943)
Convois partent désormais de Bobigny.
17 août 1944
Libération du camp
Libération du camp
17 août 1944 (≈ 1944)
Fuite d'Alois Brunner, arrivée de la Croix-Rouge.
25 mai 2001
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
25 mai 2001 (≈ 2001)
Protection du bâtiment en U et de la cour.
21 septembre 2012
Inauguration du nouveau mémorial
Inauguration du nouveau mémorial
21 septembre 2012 (≈ 2012)
Lieu d'histoire et d'éducation par Diener & Diener.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les parties suivantes de l'immeuble en U, seul subsistant de la Cité : façades et toitures ; escaliers avec leurs cages ; caves ; sol de la cour (cad. BZ 104, 54) : classement par arrêté du 25 mai 2001 - Le tunnel des déportés s'étendant sous l'ancien camp d'internement, situé sous les parcelles BZ 104, 54, 52, 103 : classement par arrêté du 6 mai 2002
Personnages clés
| Theodor Dannecker - Chef SS du camp (1941-1942) |
Organisateur des premières déportations, connu pour sa brutalité. |
| Heinz Röthke - Chef SS du camp (1942-1943) |
Supervisa 40 000 déportations vers Auschwitz. |
| Alois Brunner - Chef SS du camp (1943-1944) |
Fuit en 1944 avec 51 déportés. |
| Raoul Nordling - Consul de Suède |
Négocia la libération du camp en août 1944. |
| Shelomo Selinger - Sculpteur du mémorial |
Auteur de l’œuvre en forme de ‘Shin’ hébraïque (1976). |
| Marcel Lods et Eugène Beaudouin - Architectes de la cité |
Conçurent le bâtiment en U réquisitionné. |
| Max Jacob - Poète et peintre interné |
Mort à Drancy en mars 1944. |
| Rose Berkowicz - Résistante juive internée |
Morte lors de sa déportation pour Sobibor. |
Origine et histoire
Le camp d’internement de Drancy, situé dans la cité de la Muette à Drancy (Seine-Saint-Denis), fut créé en 1941 dans un bâtiment en U initialement conçu comme logement social par les architectes Marcel Lods et Eugène Beaudouin. Réquisitionné par l’armée allemande dès 1940, il servit d’abord de camp pour prisonniers de guerre français, civils yougoslaves et grecs, puis pour prisonniers britanniques et canadiens. À partir d’août 1941, sous contrôle nazi, il devint le principal centre d’internement des Juifs en zone occupée, géré par des officiers SS comme Theodor Dannecker, Heinz Röthke et Alois Brunner.
Entre 1942 et 1944, Drancy devint l’antichambre de la Shoah en France : 63 000 des 76 000 Juifs déportés depuis la France transitarent par ce camp avant d’être envoyés vers Auschwitz, Sobibor ou Majdanek. Les conditions y étaient délibérément inhumaines : sous-alimentation, maladies (dysenterie, cachexie), brutalités des gendarmes français et humiliations systématiques. Neuf déportés sur dix passèrent par Drancy, où 132 internés moururent entre 1941 et 1944, dont Max Jacob et Rose Berkowicz.
Le camp était administré conjointement par les autorités allemandes (Gestapo) et françaises (préfecture de police), avec une garde assurée par des gendarmes. Les convois partaient initialement de la gare du Bourget (1942-1943), puis de Bobigny (1943-1944). Libéré en août 1944 par la Croix-Rouge et le consul de Suède Raoul Nordling, le site servit brièvement à l’épuration avant de redevenir un ensemble d’habitations sociales. Aujourd’hui, un mémorial conçu par Shelomo Selinger et un wagon-témoin rappellent son histoire.
Drancy comptait plusieurs annexes parisiennes, comme les camps Austerlitz (tri de meubles pillés), Lévitan (bagages) et Bassano (couture pour les SS). Ces sites employaient des Juifs en situation mixte (mariages ‘aryens’ ou demi-Juifs). Après-guerre, des procès eurent lieu contre des gendarmes complices, mais les peines furent légères, voire annulées. Le camp est aujourd’hui un symbole majeur de la mémoire de la Shoah en France, classé Monument Historique depuis 2001.
Le mémorial actuel, inauguré en 2012 par François Hollande, complète le devoir de mémoire. Les graffiti des déportés, découverts en 2009, sont conservés aux Archives nationales. Malgré son importance historique, la majorité des 500 habitants actuels de la cité de la Muette ignorent son passé. Yad Vashem à Jérusalem cite Drancy comme seul lieu français gravé dans sa crypte, aux côtés des camps nazis les plus notoires.