Origine et histoire du Camp d'internement
Le camp d’internement de Drancy, situé dans la cité de la Muette à Drancy (Seine-Saint-Denis), fut créé en 1941 dans un bâtiment en U initialement conçu comme logement social par les architectes Marcel Lods et Eugène Beaudouin. Réquisitionné par l’armée allemande dès 1940, il servit d’abord de camp pour prisonniers de guerre français, civils yougoslaves et grecs, puis pour prisonniers britanniques et canadiens. À partir d’août 1941, sous contrôle nazi, il devint le principal centre d’internement des Juifs en zone occupée, géré par des officiers SS comme Theodor Dannecker, Heinz Röthke et Alois Brunner.
Entre 1942 et 1944, Drancy devint l’antichambre de la Shoah en France : 63 000 des 76 000 Juifs déportés depuis la France transitarent par ce camp avant d’être envoyés vers Auschwitz, Sobibor ou Majdanek. Les conditions y étaient délibérément inhumaines : sous-alimentation, maladies (dysenterie, cachexie), brutalités des gendarmes français et humiliations systématiques. Neuf déportés sur dix passèrent par Drancy, où 132 internés moururent entre 1941 et 1944, dont Max Jacob et Rose Berkowicz.
Le camp était administré conjointement par les autorités allemandes (Gestapo) et françaises (préfecture de police), avec une garde assurée par des gendarmes. Les convois partaient initialement de la gare du Bourget (1942-1943), puis de Bobigny (1943-1944). Libéré en août 1944 par la Croix-Rouge et le consul de Suède Raoul Nordling, le site servit brièvement à l’épuration avant de redevenir un ensemble d’habitations sociales. Aujourd’hui, un mémorial conçu par Shelomo Selinger et un wagon-témoin rappellent son histoire.
Drancy comptait plusieurs annexes parisiennes, comme les camps Austerlitz (tri de meubles pillés), Lévitan (bagages) et Bassano (couture pour les SS). Ces sites employaient des Juifs en situation mixte (mariages ‘aryens’ ou demi-Juifs). Après-guerre, des procès eurent lieu contre des gendarmes complices, mais les peines furent légères, voire annulées. Le camp est aujourd’hui un symbole majeur de la mémoire de la Shoah en France, classé Monument Historique depuis 2001.
Le mémorial actuel, inauguré en 2012 par François Hollande, complète le devoir de mémoire. Les graffiti des déportés, découverts en 2009, sont conservés aux Archives nationales. Malgré son importance historique, la majorité des 500 habitants actuels de la cité de la Muette ignorent son passé. Yad Vashem à Jérusalem cite Drancy comme seul lieu français gravé dans sa crypte, aux côtés des camps nazis les plus notoires.