Origine et histoire du Camp Rivesaltes
Le camp Joffre, dit « camp de Rivesaltes », fut fondé en 1935 comme centre militaire d’instruction sur 600 hectares, à cheval entre Rivesaltes et Salses-le-Château. Initialement conçu pour l’entraînement des troupes, il devint dès 1939 un lieu de transit pour les réfugiés espagnols fuyant le franquisme, puis un camp d’internement sous le régime de Vichy (1941-1942), accueillant jusqu’à 21 000 détenus, principalement des Juifs, des Espagnols, des Tziganes et des opposants politiques. Les familles y étaient séparées, et les conditions de vie, précaires, furent partiellement atténuées par des associations comme la Cimade ou la Croix-Rouge.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le camp servit aussi de base aux troupes allemandes (1942-1944), puis de centre de séjour surveillé pour l’épuration après la Libération. De 1962 à 1977, il devint un camp de transit pour les Harkis et leurs familles, avec près de 22 000 personnes passant par ses installations. Les dernières familles quittèrent les lieux en 1977. Entre 1986 et 2007, le site abritera un centre de rétention administrative pour immigrés en situation irrégulière, critiqué pour ses conditions de détention.
Aujourd’hui, le camp de Rivesaltes est un lieu de mémoire majeur, marqué par l’inauguration en 2015 du Mémorial du Camp de Rivesaltes. Ce mémorial, conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, rend hommage aux différentes populations internées et déportées, tout en préservant l’îlot F, classé monument historique depuis 2000. Des stèles commémoratives rappellent le sort des Juifs déportés, des républicains espagnols, des Harkis et des prisonniers de guerre allemands, faisant de ce site un symbole des drames humains du XXe siècle.
Le camp fut également un lieu d’action humanitaire, avec la présence d’associations comme la Cimade, qui aida les enfants internés, organisa des évasions et influença les commissions de criblage pour sauver des vies. Les archives du camp, partiellement sauvés après un scandale en 1997, témoignent de son rôle dans l’histoire française, de l’internement des « indésirables » à la gestion des migrations postcoloniales.
La diversité des populations ayant transité par Rivesaltes — réfugiés espagnols, Juifs, Tziganes, Harkis, prisonniers de guerre — en fait un miroir des crises politiques et sociales de la France contemporaine. Son classement comme monument historique et la création du mémorial soulignent son importance dans la préservation de la mémoire collective, tout en interrogeant les mécanismes de l’exclusion et de la répression d’État.