Origine et histoire du Bassin
Le bassin de Naurouze, situé à Montferrand dans l’Aude, est un élément clé du canal du Midi, construit au XVIIe siècle sous Louis XIV. Ce réservoir octogonal, conçu par l’ingénieur Pierre-Paul Riquet, marque le point le plus élevé du canal (194 m d’altitude), sur la ligne de partage des eaux entre l’océan Atlantique et la Méditerranée. Il permet d’alimenter en continu le bief de partage, une section de 5,19 km reliant les écluses de l’Océan et de la Méditerranée. Riquet y avait imaginé une ville idéale, avec des pavillons inspirés de la Place Royale de Paris, mais seul le bassin et ses infrastructures hydrauliques furent réalisés.
Le site repose sur un système ingénieux de collecte d’eau : la rigole de la plaine (38 km), alimentée par le lac de Saint-Ferréol (Montagne Noire), achemine l’eau jusqu’au bassin. Celui-ci, décrit en 1697 comme « le plus beau du monde » par le cartographe J.B. Nolin, mesure 400 m de long sur 300 m de large, avec une profondeur constante de 3 m. Des épanchoirs (Marteillère, Naurouze) régulent les excédents, tandis qu’une station de pompage historique, une minoterie et des logements pour les ingénieurs complètent l’ensemble. L’obélisque érigé en 1825 par les héritiers de Riquet commémore son génie, avec l’inscription : « À Pierre-Paul Riquet, baron de Bonrepos, auteur du canal des Deux Mers en Languedoc ».
Le seuil de Naurouze, connu depuis l’Antiquité sous le nom d’isthme gaulois, était déjà un passage stratégique sur la Via Aquitania romaine reliant Narbonne à Toulouse. Riquet en fit le cœur de son projet en y concentrant les défis techniques : apport d’eau permanent, gestion des dénivelés, et création d’un point de jonction entre les deux versants du canal. Les travaux débutèrent en 1667 par la section Toulouse-Naurouze, achevée en 1672. Le canal fut entièrement terminé en 1682, après des ajustements. Le bassin octogonal, initialement prévu comme centre d’une cité idéale, fut finalement abandonné au profit d’un bief de partage creusé, et les écluses de l’Océan et de la Méditerranée furent déplacées.
Classé monument historique en 1996, le site comprend aujourd’hui le bassin (partiellement ensablé), l’obélisque, et les vestiges des infrastructures hydrauliques. La rigole périphérique, visible, trace encore la forme octogonale originelle. Le lieu symbolise à la fois le génie civil de l’époque moderne et l’ambition de Riquet, qui rêvait d’unifier les mers par une voie navigable, tout en irriguant les terres agricoles du Lauragais. Les 30 millions de m3 d’eau transitant annuellement par le site témoignent de la pérennité de son système, toujours en fonction après plus de trois siècles.