Origine et histoire de la Carrière
La carrière de Froidmont, aussi appelée « creute des Américains », est une exploitation souterraine de calcaire située à Braye-en-Laonnois, dans l’Aisne. Exploitée dès le Moyen Âge, elle a fourni des pierres pour des monuments comme la cathédrale de Laon. Ses parois abritent des sculptures et graffitis datant des XVIIIe et XIXe siècles, ainsi que des traces laissées par les soldats allemands, français et américains durant la Première Guerre mondiale, où elle servit d’abri et de poste stratégique.
Pendant la guerre, la carrière fut occupée successivement par les Allemands (dès 1914), les Français (à partir de 1917) et les Américains (en 1918). Les Allemands y aménagèrent des tunnels, des portes anti-gaz et un réseau électrique, tandis que les Français et les Américains y laissèrent des inscriptions et des œuvres glyptographiques. Les combats pour son contrôle furent intenses, notamment en 1917 et 1918, en raison de sa position clé sur le Chemin des Dames.
Le site est remarquable pour son patrimoine glyptographique, avec près de 1 000 traces (sculptures, graffitis, dessins) réalisées par les soldats. Les œuvres américaines dominent en nombre (623), suivies des allemandes (145) et françaises (137). Ces témoignages, classés Monuments Historiques en 1998, offrent un aperçu unique de la vie des combattants. La carrière, aujourd’hui propriété privée, est fermée depuis 1991 mais reste un symbole des creutes du Chemin des Dames.
L’exploitation de la carrière déclina au XXe siècle, notamment à cause de la conversion en champignonnières ou de surexploitation. Avant sa fermeture en 1856, elle fut un lieu d’extraction intensive, comme en témoignent les comptes de carriers gravés sur les parois (dont une feuille de paie datant de 1700). Les techniques d’extraction atteignirent leur apogée sous la Troisième République, période où la pierre axonnaise, réputée pour sa blancheur, était prisée pour les grands bâtiments publics.
Le hameau de Froidmont, dont la carrière tire son nom, fut détruit pendant la guerre et jamais reconstruit. Attesté dès 1668, il s’organisait autour d’une ferme templière médiévale. La carrière, située à 15 mètres sous terre et s’étendant sur 40 hectares, fut ciblée par des tirs français en 1917, endommageant certaines entrées. Après-guerre, elle fut abandonnée, laissant un réseau souterrain partiellement stable mais fragile.
Les sculptures et graffitis de la carrière, réalisés via des techniques variées (gravure, tracé au crayon, suie de bougie), reflètent la diversité culturelle des occupants. Les soldats américains, impressionnés par l’ampleur des galeries, y ont laissé une empreinte majeure, contribuant à perpétuer le mythe des « forteresses allemandes » dans l’historiographie outre-atlantique. Aujourd’hui, le site reste un témoignage poignant de l’histoire militaire et artisanale de la région.